La médecine des violences par l’exemple: une prise en charge spécifique ?

L’unité de Médecine des Violences (UMV), rattachée au centre Universitaire Romand de Médecine Légale, offre aux adultes victimes de toutes formes de violences (physiques, psychiques, sexuelles, domestiques, professionnelles etc…) une prise en charge rapide comprenant écoute attentive, examen clinique avec documentation médico-légale et orientation vers des structures sociales de prise en charge [1]. Outre son existence même, une des originalités de cette unité, financée par le canton de Vaud, réside dans le fait que les consultations sont assurées par des infirmières sous la supervision de médecins légistes conformément aux principes de subsidiarité et de suppléance [2,3].

Des membres de l’UMV ont publié en 2014 et en 2015, une étude descriptive reprenant sur 3 ans le bilan des consultations pour violences au travail (185 sujets). Le premier élément saillant réside dans le délai écoulé entre l’agression et la consultation (2,5 ans pour 46% de l’effectif). Le second élément à noter réside dans la répartition genrée de cette violence dominant dans le secteur de la sécurité chez les hommes et dans le secteur de la santé-social-éducation chez les femmes. Enfin, deux éléments de grande importance concernent le fait que les symptômes psychiques initiaux présentés par les sujets et la pertinence des réponses apportées par l’entreprise sont hautement prédictifs des conséquences bio-psycho-sociales négatives à plus long terme [4,5]. Ce résultat de l’UMV n’est pas sans rappeler les conséquences de l’état de stress post traumatique chez les sujets (ESPT). Dans l’ESPT, secondaire à l’exposition à la violence d’un évènement confrontant à la mort, la détresse et la dissociation péritraumatique des sujets ainsi que des facteurs pré et post-traumatiques de déficience organisationnelle sont significativement associées aux conséquences négatives à long terme pour les sujets dont le risque de désinsertion professionnelle [6, 7,8].

Dans la mesure où la socialisation et l’employabilité des victimes sont des enjeux majeurs, l’intervention de prévention individuelle secondaire et tertiaire doit s’accompagner d’une prévention collective. Il est en effet nécessaire de ne pas occulter la part de l’organisation du travail dans l’expression de la violence à considérer comme un signal d’alerte plutôt que comme une manifestation interpersonnelle sporadique. Une prévention collective bien menée est alors à même de réduire le risque pour le reste du collectif de travail. L’intervention couplée de prévention individuelle et collective contribue ainsi à améliorer le pronostic des sujets tout en participant au management global des risques. C’est dire l’importance du travail en réseau entre les professionnels du champ de la psychiatrie, de la médecine légale et de la santé au travail.

Références

[1] http://www.curml.ch/curml_home/curml-qui-sommes-nous/curml-umv.htm, site consulté le 14/07/2015

[2]http://www.vd.ch/fileadmin/user_upload/themes/vie_privee/ViolenceDomestique/pdf/Fiche10_UMV_DEF_03.10.11.pdf , site et document consulté le 14/07/2015

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_de_subsidiarit%C3%A9 , site consulté le 14/07/2015

[4]  Romainn-Glassey N., Gut M., De Puy J., Wild P. Violence physique au travail: suivi des patients de l’unité de médecine des violences. Arch Mal Prof Environ 2014;75:322.

[5] De Puy J. , Romain-Glassey N., Gut M., Wild P., Mangin P., Danuser B. Clinically assessed consequences of workplace physical violence. Int Arch Occup Environ Health. 2015;88(2):213-24

[6] Lopez G. Prendre en charge les victimes d’agressions et d’accidents. Paris: Dunod; 2014.

[7] Romano H. et col. L’aide-mémoire de l’urgence médico-psychologique. Paris: Dunod; 2013.

[8] Maguen S., Metzler TJ., McCaslin SE., Inslicht SS., Henn-Haase C., Neylan TC. et al Routine work environment stress and PTSD symptoms in police officers. J Nerv Ment Dis 2009;197(10):754-60.

Bibliometry vs. Bibliométrie : Que pèsent les publications francophones sur le harcèlement sexuel ?

La question posée dans ce billet est : Comment se faire rapidement une idée de l’intérêt des universitaires francophones pour les thématiques de recherche relatives au harcèlement sexuel ? Pour y répondre, rien ne vaut un détour par les bases de données académiques.

La base ScienceDirect ne retrouve que 15 articles comportant le mot clé « harcèlement sexuel » dans les titres, résumés et mots-clés des articles recensés dans cette base sur les dix dernières années. Prenons maintenant une autre approche bibliométrique en interrogeant la base Cairn.info par le mot clé « harcèlement sexuel » dans la bibliographie de tous les types de documents recensés dans la base. Seules 25 contributions répondent aux critères de la recherche. Poursuivons encore l’aventure sur la base ProQuest Psychology Journals où le même mot recherché dans le texte intégral ne ramène que 18 occurrences de contributions contre 6655 pour le mot clé «sexual harassment». Encore un détour par PubMed où le terme « Sexual harassment » génère plus de 1000 références quand il est recherché dans le corps du texte et plus de 500 références quand il est recherché au sein des titres d’articles.

Bien que ces exemples de résultats obtenus par l’interrogation de certaines bases de données, n’épuisent pas la sélection de références scientifiques pertinentes sur les champs de recherche relatifs au harcèlement sexuel, ils indiquent malgré tout que la recherche francophone sur le harcèlement sexuel n’est pas (encore) vraiment développée.

C’est dans ce contexte que co-auteur avec Nicole Soudre-Lécué et Marie-José Scotto d’un programme de recherche avec 4 publications sur la thématique du harcèlement sexuel [1,2,3,4], j’ai souhaité vérifier par une approche empirique sur quelles bases de données et sur quels sites était référencée au moins une de nos contributions publiées. Vous trouverez ci-dessous les résultats de cette approche exploratoire :

>> Base ScienceDirect

http://www.sciencedirect.com/science?_ob=ArticleListURL&_method=list&_ArticleListID=-818872628&_sort=r&_st=4&md5=493d579e7e75b0487e7a4b26f452ac41&searchtype=a

>> Banque de Données en Santé Publique

http://www.bdsp.ehesp.fr/Base/487047/#

>> Base de données bibliographiques / Base des outils pédagogiques en éducation et promotion de la santé

http://www.bib-bop.org/base_bib/bib_detail.php?ref=12392&titre=formation-en-sante-au-travail-des-futurs-managers–identification-du-harcelement-sexuel-et-evaluation-de-la-formation

>> Association Nationale des Etudes Féministes

http://www.anef.org/?p=2473

>> Base Research Gate

http://www.researchgate.net/publication/257699407_Formation_en_sant_au_travail_des_futurs_managers__identification_du_harclement_sexuel_et_valuation_de_la_formation

>> Centre Ressources pour les intervenants de la région PACA dans la prise en charge des auteurs de violences sexuelles

http://pmb.ap-hm.fr/criravspaca/index.php?lvl=author_see&id=5362

>> Centre de documentation du CSST du Québec

http://www.centredoc.csst.qc.ca/alswww1.dll/APS_CAT_IDENTIFY?Method=CatalogueExplore&IsTagged=0&DB=BookServer&ExploreType=Subject&Stem=Harc%C3%A8lement%20sexuel&Style=Portal2&SubStyle=&Theme=&Lang=FRE&ResponseEncoding=utf-8&Parent=Obj_128971336400552

>> Noso Base

http://www.nosobase-biblio.cclin-arlin.fr/cgi-bin/koha/opac-search.pl?q=ccl=an:1240741&sort_by=pubdate_dsc&limit=au:Chakroun,%20Ridha

>> Groupe d’étude sur le travail et la souffrance au travail

http://gestes.net/veille-scientifique/

>> European Institute for Gender Equality

http://eige.europa.eu/literature-and-legislation/formation-en-sant%C3%A9-au-travail-des-futurs-managers-identification-du-harc%C3%A8

>> Centre Ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles en région Rhône-Alpes

http://www.criavs-ra.org/newsletter/lettre.php?lettre=11fevrier2015&PHPSESSID=2b319adf0230896af9de5fbc1600b36d

>> Scientific Research. An academic publisher

http://www.scirp.org/related/RelatedArticles.aspx?SPID=7459265

Lors de cette recherche bibliographique exploratoire menée fin juin 2015, nous avons trouvé 12 bases de données et/ou sites internet ayant référencé au moins l’une des 4 contributions que nous avons réalisées sur la prévention du harcèlement sexuel. Le référencement est un processus dynamique dont les résultats peuvent varier en fonction du type de bases et sites inclus dans le périmètre de recherche, en fonction de l’équation de recherche utilisée qui doit à la fois réduire le bruit (trop d’informations non pertinentes) et réduire le silence (recherche trop sélective qui passe à côté d’informations pertinentes), en fonction des nouveaux travaux soumis et acceptés pour publication à venir etc… c’est dire si notre approche exploratoire est destinée à être répliquée et affinée. A ce titre, nous préconisons aux jeunes chercheurs d’étudier l’état de l’art d’une question de recherche à travers une véritable stratégie bibliographique.

Références

[1] Chakroun R. (2012), Formation en Santé au travail des futurs managers : Identification du harcèlement sexuel et évaluation de la formation, Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 73, 5, 733-742.

[2] Chakroun R., Soudre-Lécué N., Scotto M.J (2014), Identification du harcèlement sexuel et légitimité des futurs managers à intervenir: Effets du genre et des informations délivrées, Psychologie du Travail et des Organisations, 20, 2, 145-174.

[3] Chakroun R., Soudre-Lécué N. (2014), Identification du harcèlement sexuel et légitimité des salariés à intervenir : Effets de la relation hiérarchique et des informations délivrées, Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 75, 4, 382-395.

[4] Chakroun R., Soudre-Lécué N. (2015) Analyse de l’effet du vide juridique sur l’identification du harcèlement sexuel et sur la légitimité des témoins à intervenir. Article accepté pour publication par les Archives des maladies professionnelles et de l’environnement.