La résilience : un atout de prévention de la désinsertion professionnelle ?

Auteurs: Chakroun R., Presseq P., Roussel J-F ( Juin 2016)

Contexte : La résilience, mécanisme adaptatif de dépassement positif des conséquences d’évènements aversifs et de situations adverses, a fait l’objet de nombreuses recherches mais peu se sont intéressées à son interaction avec le maintien au poste de travail  ou dans l’emploi après arrêt de travail prolongé.

Objectif : Les travaux de Rutter (1985) et de Gilligan (1997), posent l’existence d’un lien entre la résilience en tant que variable à expliquer avec des facteurs de risque (stresseurs sociaux, organisationnels et personnels) et des facteurs de protection (estime de soi, sentiment d’efficacité personnelle, diversité des expériences professionnelles, soutien social) en tant que variables explicatives[1],[2]. Nous avons conceptualisé un modèle dérivé considérant, dans un contexte médico-psycho-social donné, la résilience et son coût psychique (symptomatologies anxieuse et/ou dépressive) comme des variables médiatrices entre ces facteurs de risque et de protection d’une part et des variables à expliquer relatives et à la satisfaction au travail et au maintien au poste de travail ou dans l’emploi d’autre part (figure 1).  L’objectif de cette contribution est de présenter ce cheminement conceptuel devant mener vers une validation empirique hypothético-déductive.

Proposition méthodologique : Dans les problématiques traitées par le médecin du travail lors des arrêts de travail prolongés ou lors des occasions susceptibles d’y conduire, il s’agira de mener une étude exploratoire longitudinale prospective comparant le rôle de la  résilience dans des groupes parallèles de salariés vus lors de visites à leur  demande ou lors de visites de pré-reprise par rapport à des sujets contrôles appariés vus en simple visite périodique.

Résultats attendus et discussion : Si les résultats empiriques confortent les anticipations théoriques, des applications préventives permettraient  de rehausser la résilience des sujets et/ou de la considérer comme un indicateur de l’impact des actions de prévention menées[3],[4]. Conscients des enjeux individuels, organisationnels et sociétaux de l’employabilité, nous souhaitons contribuer à élargir le huis clos du médecin du travail et de l’employeur pour le maintien des salariés à leur poste de travail au profit d’une intervention pluridisciplinaire pour la préservation de leur employabilité.

[1] Anault M. Psychologie de la résilience. Paris:Armand Colin (3ème édition); 2015.

[2] Richardson G.E, The metatheory of resilience and resiliency. J Clin Psychol 2002; 58(3):307-321

[3] Arends I. et al. Interventions to facilitate return to work in adults with adjustment disorders. Cochrane Database Syst Rev 2012 Dec 12;12:CD006389. doi: 10.1002/14651858.CD006389.pub2.

[4] Linden M. et al. Reduction of sickness absence by an occupational health care management program focusing on self-efficacy and self-management. Work 2014;47(4):485-9.

 

Salariés confrontés à la mort du client : Propositions pour le dépistage du risque d’état de stress post-traumatique

Communication orale au 34ème Congrès de Médecine et Santé au Travail, 21-24 Juin, Paris. Chakroun R., Roy A. (2016). Salariés confrontés à la mort du client :Proposition pour le dépistage du risque d’état de stress post-traumatique, Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 377, 489-490.

Objectifs.  L’état de stress post-traumatique (ESPT) représente une menace pour la santé, la sociabilité et l’employabilité des salariés exposés. Dans la mesure où il existe des facteurs de risques individuels et organisationnels pré, péri et post-traumatiques, l’objectif de notre contribution est de dépister ces risques lors d’une confrontation des salariés à la mort d’un client sur les lieux du travail afin de préconiser des mesures de prévention adaptées.

Méthodologie. Dans deux études de cas dans le secteur des services, nous avons mis en œuvre un protocole comprenant des entretiens compréhensifs ainsi que le dépistage systématique de signes de détresse et de dissociation péri-traumatique en tant que facteurs prédictifs d’ESPT que nous avons évalués sur la base d’échelles validées (PDI, PDEQ). Nous avons aussi procédé au diagnostic des souffrances mentales repérées et avons recherché les facteurs de risques organisationnels.

Résultats. Dix-huit salariés ont été examinés (4 salariés deux mois après l’accident et 14 quatre mois après). Les interventions ont permis de dépister 5 salariés présentant des facteurs de risques prédictifs d’ESPT. Par ailleurs, un salarié avait un ESPT, un autre une addiction préoccupante et 7 salariés présentaient un trouble anxieux chronique. Les salariés ont été informés des risques et sélectivement orientés vers le réseau de prise en charge en santé mentale. Dans des contextes de risques accidentogènes et psychosociaux, un signalement avec préconisations de prévention collective a été réalisé aux employeurs.

Discussion.  Nous discutons de la spécificité du décès du client dans des entreprises de service et de celui de la demande de prise en charge qui n’émane pas directement des salariés. Nous établissons un parallèle entre prévention des violences au travail et prévention de l’ESPT et insistons sur l’intérêt des approches interdisciplinaires entre professionnels de la santé mentale et ceux de la santé au travail.

Remerciements : Les auteurs remercient les Dr. Virginie Buissé et Frédéric Jover.  Service de Psychiatrie d’Urgence, CHU de  Nice.

Références

[1] Crocq L. et col. Traumatismes psychiques. Prise en charge psychologique des victimes. Paris: Masson; 2007.

[2] Lopez G. Prendre en charge les victimes d’agressions et d’accidents. Paris: Dunod; 2014.

[3] Latapy C. et col. Affections psychiatriques de longue durée. Troubles anxieux graves. Paris: Haute Autorité de Santé; 2007.

[4] Romano H. et col. L’aide-mémoire de l’urgence médico-psychologique. Paris: Dunod; 2013.

 [5] Clarner A., Graessel E., Scholz J., Niedermeier A., Uter W., Drexler H. Work-related posttraumatic stress disorder and other emotional diseases as consequence of traumatic events in public transportation : a systematic review. Int Arch Occup Environ Health 2015;88(5):549-64.

[6] MacDonald HA., Colotla V., Flamer S., Karlinsky H. Posttraumatic stress disorder in the workplace: a descriptive study of workers experiencing PTSD from work injury. J Occup Rehabil 2003;13(2) :63-77.

[7] Plat MC., Westerveld GJ., Hutter RC., Olff M., Frings-Dresen MH., Sluiter JK. Return to work: Police personnel and PTSD. Work 2013;46(1):107-11.

[8] Marchand A., Boyer R., Martin M., Nadeau C. Facteurs prévisionnels du développement de l’état de stress post-traumatique à la suite d’un évènement traumatique chez les policiers. Volet rétrospectif. Rapport R-633. Montréal (Québec): IRSST; 2010.

[9] Marchand A., Boyer R., Martin M., Nadeau C. Facteurs prévisionnels du développement de l’état de stress post-traumatique à la suite d’un évènement traumatique chez les policiers. Volet prospectif. Rapport R-710. Montréal (Québec): IRSST; 2011.

[10] Stergiopoulos E., Cimo A., Cheng C., Bonato S., Dewa CS. Interventions to improve work outcomes in work-related PTSD: a systematic review. BMC Public Health.  Published online 2011 Oct 31. doi: 10.1186/1471-2458-11-838

[11] Jehel L., Brunet A., Paterniti S., Guelfi JD. Validation of the french version of the Peritraumatic Distress Inventory. Can J Psychiatry 2005;50(1):67-71

[12] Birmes P., Brunet A., Benoit M., Defer S., Hatton L., Sztulman H. et al. Validation of the Peritraumatic Dissociative Experiences Questionnaire self-report version in two samples of french-speaking individuals exposed to trauma. Eur Psychiatry 2005;20(2):145-51.

[13] Brunet A. Trousse de triage rapide in http://www.info-trauma.org. Site consulté le 2 mars 2015.

[14] Friedman S., Samuelian JC., Lancrenon S., Even C. Three-dimensional structure of the Hospital Anxiety and Depression Scale in a large french primary care population suffering from major depression. Psychiatry Res 2001;104(3) :247-57.

[15] Bobillier-Chaumon M.E., Dubois M., Retour D., Relations de services. Bruxelles: De Boeck; 2010.

[16] Dejours C., Gernet I., Psychopathologie du travail. Paris: Elsevier Masson; 2012.

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[18] Maguen S., Metzler TJ., McCaslin SE., Inslicht SS., Henn-Haase C., Neylan TC. et al Routine work environment stress and PTSD symptoms in police officers. J Nerv Ment Dis 2009;197(10):754-60.

[19] Direction des risques professionnels, Prise en charge des traumatismes psychologiques au titre du risque professionnel 1999, DRP n°37/99, ENSM 40/99 in http://www.travailler-mieux.gouv.fr/IMG/pdf/AgressCirculaireCNAM.pdf. Site consulté le consulté le 2 mai 2015.

[20] Fantoni-Quinton S. Doit-on, peut-on parler de droit ou de devoir d’alerte pour le médecin du travail ? Arch Mal Prof Environ 2013;74:56-8.

[21] Kermisch C. Les paradigmes de la perception du risque. Paris: Lavoisier; 2010.

Est-il jamais trop tard (ou trop tôt) pour prévenir l’exposition des salariés au bruit?

Communication au 34ème  Congrès national de Médecine et Santé au Travail , 21-24 juin 2016, Paris : Chakroun R., Follot V., Maurin J., Bonnaud M. Est-il jamais trop tard (ou trop tôt) pour prévenir, Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 77, 377.

Objectif : Le paradigme d’une prévention des effets de l’exposition au bruit sur la base des mesurages d’audiométrie tonale revêt de nombreuses limites dont la faible sensibilité de cet indicateur tardif d’hypoacousies irréversibles. La prévention arriverait-elle alors trop tard ?

Méthode : Nous présentons une étude de cas et discutons les résultats au regard de nouvelles perspectives de dépistage.

Résultats : L’étude porte sur 22 salariés (50 +/- 7 ans  d’âge moyen) d’une même entreprise qui ont déclaré avoir été exposés sur une durée moyenne de 6 +/-1 heure/jour et de 20 +/- 9 ans. Les mesurages ont indiqué que le niveau d’exposition personnelle des salariés dépassait les 80dB(A). Le déficit audiométrique moyen était de 37 +/-7 dB à gauche et de 36+/-7 dB à droite (Figure1). En utilisant un modèle de calcul prédictif[1] validé selon la norme ISO 1999 et sous une hypothèse d’exposition constante à 80 dB(A), nous avons estimé que le déficit prévisible à 5 ans atteindrait à gauche 43 +/- 8 dB (+ 16 %, p<0,001) et à droite de 41 +/-8 dB (+14%, p<0,001). L’effectif  de salariés dont le déficit audiométrique moyen bilatéral serait supérieur à 35 dB, atteignant ainsi le seuil pour une déclaration de maladie professionnelle, passerait alors de 10 à 15 salariés (Figure 2).

Discussion : L’évolution différenciée des effets cliniques et les dispositions  juridiques incitent à  considérer qu’il n’est jamais trop tard pour prévenir[2]. La  démarche de modélisation permet de modifier la perception du risque de l’employeur en le rendant plus appréhendable. Il devrait alors préciser les délais de planification des actions de prévention. Un suivi du niveau d’exposition résiduel et des effets induits est à prévoir. Nous proposons de recourir, en sus de l’exposimètrie,  à l’échoscan audio d’un échantillon de sujets. Cet examen constitue un indicateur de la fatigue auditive par la mesure du différentiel (fin vs. début de poste) du seuil de déclenchement du réflexe auditif efférent[3]. Cet indicateur d’effet réversible précoce permettrait de tester le dimensionnement des actions de prévention et d’en rediscuter le phasage si besoin. Enfin, en intégrant l’échoscan audio au dépistage des normo-entendants, il deviendrait plus réaliste de procéder à des actions proactives de sauvegarde de l’audition plutôt qu’a des actions réactives de réduction des déficits auditifs[4].

Mots-clés : Prévention des pertes auditives, Audiométrie tonale, Echoscan audio, exposition au bruit, fatigue auditive.

Références:

[1] http://www.deparisnet.be / Professeur Jacques Malchaire (Université Catholique de Louvain)

[2] Arrêt Cour de cassation. Chambre civile 2, 06/11/2014, n°13-20.768.

[3] Venet T, Campo P, Rumeau C, Thomas A, Parietti-Winckler C. La mesure de la fatigue auditive périphérique par EchoScan Audio. Référence en Santé au Travail 2014;140:55-63.

[4] Kirchner D.B, et al. Occupational noise-induced hearing loss: ACOEM Task Force on Occupational Hearing Loss. J Occup Environ Med  2012;54(1):106-8.