Est-il jamais trop tard (ou trop tôt) pour prévenir l’exposition des salariés au bruit?

Communication au 34ème  Congrès national de Médecine et Santé au Travail , 21-24 juin 2016, Paris : Chakroun R., Follot V., Maurin J., Bonnaud M. Est-il jamais trop tard (ou trop tôt) pour prévenir, Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 77, 377.

Objectif : Le paradigme d’une prévention des effets de l’exposition au bruit sur la base des mesurages d’audiométrie tonale revêt de nombreuses limites dont la faible sensibilité de cet indicateur tardif d’hypoacousies irréversibles. La prévention arriverait-elle alors trop tard ?

Méthode : Nous présentons une étude de cas et discutons les résultats au regard de nouvelles perspectives de dépistage.

Résultats : L’étude porte sur 22 salariés (50 +/- 7 ans  d’âge moyen) d’une même entreprise qui ont déclaré avoir été exposés sur une durée moyenne de 6 +/-1 heure/jour et de 20 +/- 9 ans. Les mesurages ont indiqué que le niveau d’exposition personnelle des salariés dépassait les 80dB(A). Le déficit audiométrique moyen était de 37 +/-7 dB à gauche et de 36+/-7 dB à droite (Figure1). En utilisant un modèle de calcul prédictif[1] validé selon la norme ISO 1999 et sous une hypothèse d’exposition constante à 80 dB(A), nous avons estimé que le déficit prévisible à 5 ans atteindrait à gauche 43 +/- 8 dB (+ 16 %, p<0,001) et à droite de 41 +/-8 dB (+14%, p<0,001). L’effectif  de salariés dont le déficit audiométrique moyen bilatéral serait supérieur à 35 dB, atteignant ainsi le seuil pour une déclaration de maladie professionnelle, passerait alors de 10 à 15 salariés (Figure 2).

Discussion : L’évolution différenciée des effets cliniques et les dispositions  juridiques incitent à  considérer qu’il n’est jamais trop tard pour prévenir[2]. La  démarche de modélisation permet de modifier la perception du risque de l’employeur en le rendant plus appréhendable. Il devrait alors préciser les délais de planification des actions de prévention. Un suivi du niveau d’exposition résiduel et des effets induits est à prévoir. Nous proposons de recourir, en sus de l’exposimètrie,  à l’échoscan audio d’un échantillon de sujets. Cet examen constitue un indicateur de la fatigue auditive par la mesure du différentiel (fin vs. début de poste) du seuil de déclenchement du réflexe auditif efférent[3]. Cet indicateur d’effet réversible précoce permettrait de tester le dimensionnement des actions de prévention et d’en rediscuter le phasage si besoin. Enfin, en intégrant l’échoscan audio au dépistage des normo-entendants, il deviendrait plus réaliste de procéder à des actions proactives de sauvegarde de l’audition plutôt qu’a des actions réactives de réduction des déficits auditifs[4].

Mots-clés : Prévention des pertes auditives, Audiométrie tonale, Echoscan audio, exposition au bruit, fatigue auditive.

Références:

[1] http://www.deparisnet.be / Professeur Jacques Malchaire (Université Catholique de Louvain)

[2] Arrêt Cour de cassation. Chambre civile 2, 06/11/2014, n°13-20.768.

[3] Venet T, Campo P, Rumeau C, Thomas A, Parietti-Winckler C. La mesure de la fatigue auditive périphérique par EchoScan Audio. Référence en Santé au Travail 2014;140:55-63.

[4] Kirchner D.B, et al. Occupational noise-induced hearing loss: ACOEM Task Force on Occupational Hearing Loss. J Occup Environ Med  2012;54(1):106-8.

 

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