Réprobation a priori: le sort peu enviable des victimes de violences sexuelles

Süssenbach et al. (2015) ont testé l’hypothèse selon laquelle le niveau d’acceptation des mythes de viols par les sujets attire plus leur attention sur la version du perpétrateur plutôt que  sur celle de la victime de violences sexuelles et ce en se focalisant sur la recherche d’éléments (à charge) sur la victime.

Dans deux études, les auteurs ont examiné l’influence de l’acceptation des  mythes de viol (Rape myth acceptance) sur l’attention portée par les sujets  envers la victime potentielle versus le perpétrateur potentiel de viol.  Dans la première étude (N = 90), les participants devaient sélectionner des renseignements qui portaient soit sur le perpétrateur soit sur la victime. À mesure que l’acceptation des  mythes de viol  augmentait, les participants préféraient des renseignements axés sur la victime plutôt que sur le perpétrateur. Dans la deuxième étude (N = 41), les sujets ont examiné des photos supposées représenter le perpétrateur potentiel et la victime potentielle de viol alors que leurs mouvements oculaires étaient enregistrés. Les sujets dont l’acceptation des  mythes de viol  était élevée ont passé moins de temps à inspecter le perpétrateur potentiel que la victime potentielle.

Dans les deux études, une acceptation des mythes de viols plus élevée prédit des jugements anti-victime et pro-perpétrateur plus marqués. Cette étude reproduit les résultats de recherches antérieures corroborant l’hypothèse selon laquelle l’acceptation des mythes de viols guide l’attention des sujets vers une focalisation sur la victime qui aurait en quelques sortes à «  se justifier » de l’avoir été. Cette réprobation a priori explique d’emblée le statut et le sort  peu enviable de la victime.

Référence : Süssenbach  P. & al. Looking for Blame: Rape Myth Acceptance and Attention to Victim and Perpetrator. J Interpers Violence 2015, Jun 3, 1-22.  DOI: 10.1177/0886260515591975

Europe du sud, sexisme et impacts en santé

Borell C & al. (2010) ont mené en Espagne une grande étude sur 10927 femmes âgées de 20 à 64 ans avec une variable indépendante unique (le sexisme perçu) et 6 variables dépendantes dont quatre pour la santé (santé perçue, santé mentale, hypertension artérielle, blessures et accidents durant les 12 derniers mois), une pour les comportement de santé (tabagisme) et une  pour l’utilisation des services de santé (satisfaction/insatisfaction des  besoins de santé).

Des régressions logistiques avec ajustement sur les variables confondantes ont montré que le sexisme perçu est positivement corrélé avec un mauvais état de santé perçue, avec un mauvais état de santé psychique, avec les accidents et blessures durant les 12 derniers mois et avec le tabagisme. La force de ces associations est d’autant plus importante que le score de sexisme est élevé.

Cette étude devrait d’autant plus nous interpeller qu’elle est réalisée en Europe du Sud au plus proche de la France et qu’on ne peut lui opposer des spécificités anglo-saxonnes ou scandinaves pour en réduire la portée. Les auteurs évoquent les pays du sud de l’Europe à forte tradition patriarcale mais seraient-ils les seuls concernés ?

Référence : Borrel C. et al. Perceived sexism as a health determinant in Spain. J. Womens Health  2010 ; 19(4):741-50.