Sexisme au travail et risques de violences envers les femmes

-Communication au 35ème Congrès National de Santé et Médecine du Travail-

Chakroun R., Presseq P., Milhabet I. Effets du sexisme des salariés sur les risques de violence à l’encontre des femmes. Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement 2018;79(3):439

Objectif. Dans un contexte de domination masculine, le sexisme envers les femmes, défini comme un ensemble de stéréotypes et de discriminations liés au genre, entraîne des conséquences négatives sur l’employabilité et le bien-être. Des auteures féministes ont toutefois montré que des femmes pouvaient faire état de sexisme à l’encontre de leur groupe d’appartenance, renforçant ainsi les discriminations. L’objectif de l’étude est de caractériser le sexisme exprimé par des salariés des deux sexes et d’évaluer le lien entre celui-ci et l’acceptation des mythes de viol (AMV) considérée comme un facteur de risque des violences faites aux femmes.

Méthode.  Étude expérimentale réalisée en 2016 auprès de 213 salariés du secteur privé (110 hommes et 103 femmes) recrutés par des professionnels de santé au travail. Les salariés ont renseigné leur acceptation du sexisme ambivalent (échelle du sexisme ambivalent, Dardenne et col., 2006) ainsi que leur AMV (adaptation française de l’échelle Updated IRMA, McMahon et Farmer, 2011). Les salariés ont été randomisés selon 3 conditions expérimentales : l’analyse de leurs réponses leur ayant été présentée comme devant être réalisée par des scientifiques évaluateurs, hommes vs femmes vs groupe témoin non informé du sexe de l’évaluateur. Le plan expérimental comportait deux variables indépendantes, le sexe des évalués et celui des évaluateurs, et s’appliquait à trois variables dépendantes : la désirabilité sociale avec ses deux dimensions (auto et hétéroduperie), le sexisme ambivalent avec ses deux dimensions (hostile et bienveillant) ainsi que l’AMV.

Résultats. Les groupes, hommes et  femmes, sont comparables pour les critères de contrôle. En situation d’évalués, les hommes expriment significativement plus d’autoduperie et plus de sexisme bienveillant que les femmes. En situation d’évaluatrices, les femmes voient s’exprimer significativement plus de sexisme hostile qu’envers les groupes témoin et d’évaluateurs masculins. La désirabilité sociale n’est mobilisée que par les hommes pour réduire leur sexisme ambivalent et leur AMV. Par ailleurs, comme chez les hommes, le sexisme ambivalent des femmes est positivement corrélé à l’AMV. Les femmes vs les hommes ayant un niveau de sexisme ambivalent supérieur à la médiane ont une probabilité 7 fois vs 6,5 fois plus importante d’avoir une AMV supérieure plutôt qu’inférieure à la médiane.

Conclusion.  Les résultats confortent l’utilité de ne pas réserver la prévention du sexisme aux seuls hommes et de ne pas surestimer le rôle du sexe des acteurs au détriment de celui du contexte social. Des actions de prévention organisationnelles devraient être mises en œuvre en termes d’égalité professionnelle afin de réduire l’adhésion au sexisme.

Remerciements : Les auteurs remercient les médecins et infirmiers du travail de l’AIST83 qui ont procédé au recrutement des salariés.

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Perception des conseils de prévention des RPS par les salariés et employeurs

-Communication au 35 ème Congrès de Médecine et Santé au Travail-

Chakroun R., Presseq P., JF. Roussel. Perception des conseils de prévention des risques psychosociaux par les salariés et les employeurs : apport d’une recherche action. Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement 2018;79(3):437-438

Objectif. L’approche transactionnelle du stress repose sur l’évaluation de la perception des contraintes et des ressources pour y faire face. L’évaluation de la perception des préconisations de prévention par les sujets présente un intérêt pour le renforcement des ressources. Adossés aux théories de l’attribution et de la différence entre travail réel et travail prescrit, nous avons évalué d’une part la perception de l’importance des conseils de prévention des risques psychosociaux (RPS) et d’autre part l’influence de la lourdeur du poste de travail sur cette perception auprès de salariés et d’employeurs.

Méthode. Une recherche-action réalisée en 3 étapes a permis de : 1/ Faire connaître les 9 conseils de prévention des RPS proposés en 2016 par l’Institut National de Recherche et de Sécurité (ED 6250) ; 2/ Faire évaluer par les sujets sur des échelles visuelles analogiques la perception de l’importance de ces conseils pour soi (salarié ou employeur) et celle attribuée à autrui (employeur ou salarié), recensant ainsi des écarts dont nous avons testé la corrélation avec la lourdeur du poste de travail ; 3/ Faire discuter dans le cadre d’un focus groupe multidisciplinaire de 11 préventeurs les modalités d’intégration des résultats dans la pratique.

Résultats. Deux échantillons, 90 salariés et 40 employeurs, de différents domaines d’activité du secteur privé, ont été recrutés dans des conditions empiriques d’exercice en santé au travail. Les salariés comme les employeurs estiment accorder chacun significativement plus d’importance à l’ensemble des conseils de prévention des RPS que les sujets de comparaison. L’écart de perception du point de vue des salariés est significativement supérieur à celui du point de vue des employeurs. Les 3 écarts les plus importants concernent les conseils visant à témoigner de la reconnaissance, à donner du sens au travail et à soutenir les collaborateurs. Pour les salariés comme pour les employeurs, la lourdeur psychique du poste de travail est d’une part positivement corrélée à leur écart de perception des conseils de prévention et d’autre part négativement corrélée à leur santé psychique perçue.

Conclusion. En tenant compte des limites liées à la taille et à l’hétérogénéité des échantillons, les écarts de perception ont été discutés par les préventeurs sous l’angle du sens à leur donner. Ils ont été considérés comme des écarts signifiés-signifiants qui pourraient être réduits par une explicitation dialectique contextuée entre salariés et employeurs. Ainsi, dans la suite d’une évaluation participative des RPS, les préventeurs ont appelé à une élaboration partenariale d’un plan d’actions de prévention univoques préalable à une mise en œuvre cohérente.

Remerciements : Les auteurs remercient les médecins et assistantes techniques en santé du travail de l’AIST83 qui ont participé à cette recherche-action.

L’âge subjectif en santé au travail: un concept utile ?

-Communication au 35ème Congrès National de Médecine et Santé au Travail-Chakroun R., Presseq P. L’âge subjectif en santé au travail : approche exploratoire d’une variable utile ?, Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement 2018;79(3):325

Objectif.  L’âge chronologique, qui mesure la durée de vie depuis la naissance, diffère de l’âge subjectif qui est l’âge que le sujet perçoit avoir sur la base de ses expériences de vie et de sa représentation sociale du monde. La littérature indique qu’un âge subjectif inférieur à l’âge chronologique est un facteur prédictif de bonne santé, subjective et objective, ainsi que d’habilités psychosociales. L’objectif de notre étude exploratoire est de le situer dans le contexte professionnel et d’évaluer le rôle qu’il peut jouer dans un modèle reliant conditions de travail et santé.

Méthode. Étude quantitative transversale, réalisée sur un échantillon de 100 salariés, 56 femmes et 44 hommes, recrutés dans le cadre du suivi périodique en santé au travail. L’investigation par auto-questionnaire a permis d’évaluer par des échelles visuelles analogiques les santés physique et psychique perçues ainsi que des variables de contraintes au travail (lourdeurs physique et psychique du poste, stress au travail, difficulté de concilier travail et vie privée). La satisfaction vis-à-vis de la vie professionnelle a été mesurée par l’échelle de Fouquereau et Rioux (2002). L’âge subjectif a été mesuré par une adaptation de l’échelle de Guiot (2001) permettant de distinguer un âge subjectif au travail d’un âge subjectif hors contexte de travail.

Résultats.  Les salariés, de 40,72 +/- 9,77 ans d’âge chronologique moyen, se perçoivent significativement plus jeunes de 7,27 ans hors travail, de 4,54 ans au travail et d’autant plus jeunes que leur satisfaction vis-à-vis de la vie professionnelle est élevée. L’âge chronologique n’est corrélé ni à des variables de conditions de travail ni de santé. A contrario, les âges subjectifs entretiennent des corrélations avec la lourdeur psychique du poste et avec le stress au travail, intervenant comme elles en tant que déterminants des santés physique et psychique perçues. La recherche de modèles explicatifs parcimonieux retient un modèle linéaire multivarié, dans lequel la santé physique perçue est corrélée à la difficulté de conciliation travail-vie privée et à l’âge subjectif. Il en est de même pour la santé psychique perçue. Les âges subjectifs perçus jouent un rôle de modérateur de la relation entre difficulté de conciliation travail-vie privée et santé physique et psychique perçues.

Conclusion.  En tenant compte des limites liées à la validité nomologique des concepts mobilisés et à la validité externe de l’étude exploratoire, nous émettons l’hypothèse que l’âge subjectif, en tant que variable liée à la fois aux conditions de travail et aux états de santé, puisse être une variable utile en santé au travail.

 

Violence Info de l’OMS: les violences interpersonnelles ont enfin leur site

Il n’est pas toujours facile de trouver des informations fiables et actualisées sur toutes les formes de violences interpersonnelles.  L’OMS a mis en ligne en octobre 2017 un système d’information global sur  la prévention de la violence ou Info violence qui compile une collection interactive d’informations scientifiques sur la prévalence, les conséquences, les facteurs de risque et la prévention de toutes les formes de violence interpersonnelle. Violence Info couvre ainsi les homicides, la maltraitance des enfants, la violence chez les jeunes, la violence conjugale, la maltraitance des personnes âgées et la violence sexuelle. Avec un traitement graphique clair, autorisant des tris pertinents et des informations synthétiques directement interfacées avec les abstracts des publications disponibles sur PubMed, ce site se révèle être un outil précieux pour tous ceux qui souhaitent accéder à des sources solides sur les problématiques des violences interpersonnelles.

Vous pourrez le consulter sur : http://apps.who.int/violence-info/

Référence : Burrows S. & al. New WHO Violence prevention information system, an interactive knowledge platfrom of scientific findings on violence. Inj Prev. 2018 Jan 20. pii: injuryprev-2017-042694. doi: 10.1136/injuryprev-2017-042694

 

Y a-t-il (enfin) un certain intérêt pour le sexisme en France ?

2017 , année de l’affaire Weinstein, année de la prise de conscience, du trop c’est trop, du tout va changer ?  A défaut d’avoir initié les violences faites aux femmes, Harvey aurait-il au moins réussi, à son corps défendant, à intéresser plus amplement nos contemporains au sexisme ?  Si on en juge par les recherches faites sur Google, il faudra bien convenir que non ou du moins pas plus qu’avant…c’est à dire cette même inappétence pour le sujet en fin comme en début d’année !

Il suffit de comparer, sur Google trends, la productivité des termes de recherche « sexe » et « sexisme » tout au long de l’année pour voir à quel point l’un est au firmament des recherches et l’autre à son marchepied.  Au-delà du désintérêt exprimé tout au long de l’année, le sexisme fait l’objet d’un même dédain analytique quel que soit le filtre temporel utilisé. A contrario, l’intérêt élevé des internautes  pour le terme sexe sur Google trends, se révèle encore plus palpitant si l’on modifie la focale temporelle.  Examinée sur 7 jours glissants, la recherche dévoile un intérêt mimant le beau tracé électro-cardiographique d’un cœur qui bat: L’intérêt pour sexe s’enhardit entre midi et quatorze heures.  Puis  dès la sortie du boulot, il s’anime et s’enflamme pour ne connaitre son apogée qu’à la pointe du jour. Cette cinétique des recherches sur Google évoque des  usages récréatifs bien que le terme sexe n’épuise pas la créativité récréative sexo-centrée. L’intérêt pour le sexisme plus réflexif que récréatif, toujours au sol, n’a donc plus qu’à se rhabiller !

Les deux liens ci-dessous vous permettront de voir, en France, l’évolution au fil du temps  de l’intérêt pour ces termes de recherches  sur respectivement 12 mois et 7 jours glissants. Enfin, une comparaison internationale France-Allemagne reflète moins le différentiel d’intérêt que le différentiel démographique. Harvey n’aurait-il pas plus réussi à convaincre les allemands que les français de la nécessité de changer !

Evolution sur 12 mois glissants des recherches sur les termes sexe et sexisme

Evolution sur 7 jours glissants des recherches Google sur les termes sexe et sexisme

Evolution en France et en Allemagne des recherches Google du lemme « sex » sur 7 jours glissants

Sans autre forme de commentaire, il m’apparaît utile de faire un rappel sur la définition du sexisme (CSEP, 2015): Dans un contexte de domination masculine, le sexisme envers les femmes, défini comme un ensemble de stéréotypes et de discriminations liés au genre, entraîne des conséquences négatives sur l’emploi, les conditions de travail et le bien-être. Un sujet digne d’intérêt depuis la nuit des temps et qui transcende les soubresauts Weinsteiniens de 2017.  Le relais donné aux cas révélés par les réseaux sociaux et les médias pourrait réduire la nuisance de perpétrateurs potentiels qui oseraient  moins car les potentielles victimes et les témoins oseraient plus volontiers un signalement salutaire. Mais, ces quelques données, nous confortent dans le fait qu’il faudrait poursuivre, de longues années durant, les efforts pour réduire le seuil de tolérance sociale au sexisme conçu comme la perpétuation transgénérationnelle d’un système de légitimations de violences patriarcales à l’encontre des femmes.

Références:

 

Réprobation a priori: le sort peu enviable des victimes de violences sexuelles

Süssenbach et al. (2015) ont testé l’hypothèse selon laquelle le niveau d’acceptation des mythes de viols par les sujets attire plus leur attention sur la version du perpétrateur plutôt que  sur celle de la victime de violences sexuelles et ce en se focalisant sur la recherche d’éléments (à charge) sur la victime.

Dans deux études, les auteurs ont examiné l’influence de l’acceptation des  mythes de viol (Rape myth acceptance) sur l’attention portée par les sujets  envers la victime potentielle versus le perpétrateur potentiel de viol.  Dans la première étude (N = 90), les participants devaient sélectionner des renseignements qui portaient soit sur le perpétrateur soit sur la victime. À mesure que l’acceptation des  mythes de viol  augmentait, les participants préféraient des renseignements axés sur la victime plutôt que sur le perpétrateur. Dans la deuxième étude (N = 41), les sujets ont examiné des photos supposées représenter le perpétrateur potentiel et la victime potentielle de viol alors que leurs mouvements oculaires étaient enregistrés. Les sujets dont l’acceptation des  mythes de viol  était élevée ont passé moins de temps à inspecter le perpétrateur potentiel que la victime potentielle.

Dans les deux études, une acceptation des mythes de viols plus élevée prédit des jugements anti-victime et pro-perpétrateur plus marqués. Cette étude reproduit les résultats de recherches antérieures corroborant l’hypothèse selon laquelle l’acceptation des mythes de viols guide l’attention des sujets vers une focalisation sur la victime qui aurait en quelques sortes à «  se justifier » de l’avoir été. Cette réprobation a priori explique d’emblée le statut et le sort  peu enviable de la victime.

Référence : Süssenbach  P. & al. Looking for Blame: Rape Myth Acceptance and Attention to Victim and Perpetrator. J Interpers Violence 2015, Jun 3, 1-22.  DOI: 10.1177/0886260515591975

Europe du sud, sexisme et impacts en santé

Borell C & al. (2010) ont mené en Espagne une grande étude sur 10927 femmes âgées de 20 à 64 ans avec une variable indépendante unique (le sexisme perçu) et 6 variables dépendantes dont quatre pour la santé (santé perçue, santé mentale, hypertension artérielle, blessures et accidents durant les 12 derniers mois), une pour les comportement de santé (tabagisme) et une  pour l’utilisation des services de santé (satisfaction/insatisfaction des  besoins de santé).

Des régressions logistiques avec ajustement sur les variables confondantes ont montré que le sexisme perçu est positivement corrélé avec un mauvais état de santé perçue, avec un mauvais état de santé psychique, avec les accidents et blessures durant les 12 derniers mois et avec le tabagisme. La force de ces associations est d’autant plus importante que le score de sexisme est élevé.

Cette étude devrait d’autant plus nous interpeller qu’elle est réalisée en Europe du Sud au plus proche de la France et qu’on ne peut lui opposer des spécificités anglo-saxonnes ou scandinaves pour en réduire la portée. Les auteurs évoquent les pays du sud de l’Europe à forte tradition patriarcale mais seraient-ils les seuls concernés ?

Référence : Borrel C. et al. Perceived sexism as a health determinant in Spain. J. Womens Health  2010 ; 19(4):741-50.

La résilience : un atout de prévention de la désinsertion professionnelle ?

Auteurs: Chakroun R., Presseq P., Roussel J-F ( Juin 2016)

Contexte : La résilience, mécanisme adaptatif de dépassement positif des conséquences d’évènements aversifs et de situations adverses, a fait l’objet de nombreuses recherches mais peu se sont intéressées à son interaction avec le maintien au poste de travail  ou dans l’emploi après arrêt de travail prolongé.

Objectif : Les travaux de Rutter (1985) et de Gilligan (1997), posent l’existence d’un lien entre la résilience en tant que variable à expliquer avec des facteurs de risque (stresseurs sociaux, organisationnels et personnels) et des facteurs de protection (estime de soi, sentiment d’efficacité personnelle, diversité des expériences professionnelles, soutien social) en tant que variables explicatives[1],[2]. Nous avons conceptualisé un modèle dérivé considérant, dans un contexte médico-psycho-social donné, la résilience et son coût psychique (symptomatologies anxieuse et/ou dépressive) comme des variables médiatrices entre ces facteurs de risque et de protection d’une part et des variables à expliquer relatives et à la satisfaction au travail et au maintien au poste de travail ou dans l’emploi d’autre part (figure 1).  L’objectif de cette contribution est de présenter ce cheminement conceptuel devant mener vers une validation empirique hypothético-déductive.

Proposition méthodologique : Dans les problématiques traitées par le médecin du travail lors des arrêts de travail prolongés ou lors des occasions susceptibles d’y conduire, il s’agira de mener une étude exploratoire longitudinale prospective comparant le rôle de la  résilience dans des groupes parallèles de salariés vus lors de visites à leur  demande ou lors de visites de pré-reprise par rapport à des sujets contrôles appariés vus en simple visite périodique.

Résultats attendus et discussion : Si les résultats empiriques confortent les anticipations théoriques, des applications préventives permettraient  de rehausser la résilience des sujets et/ou de la considérer comme un indicateur de l’impact des actions de prévention menées[3],[4]. Conscients des enjeux individuels, organisationnels et sociétaux de l’employabilité, nous souhaitons contribuer à élargir le huis clos du médecin du travail et de l’employeur pour le maintien des salariés à leur poste de travail au profit d’une intervention pluridisciplinaire pour la préservation de leur employabilité.

[1] Anault M. Psychologie de la résilience. Paris:Armand Colin (3ème édition); 2015.

[2] Richardson G.E, The metatheory of resilience and resiliency. J Clin Psychol 2002; 58(3):307-321

[3] Arends I. et al. Interventions to facilitate return to work in adults with adjustment disorders. Cochrane Database Syst Rev 2012 Dec 12;12:CD006389. doi: 10.1002/14651858.CD006389.pub2.

[4] Linden M. et al. Reduction of sickness absence by an occupational health care management program focusing on self-efficacy and self-management. Work 2014;47(4):485-9.

 

Salariés confrontés à la mort du client : Propositions pour le dépistage du risque d’état de stress post-traumatique

Communication orale au 34ème Congrès de Médecine et Santé au Travail, 21-24 Juin, Paris. Chakroun R., Roy A. (2016). Salariés confrontés à la mort du client :Proposition pour le dépistage du risque d’état de stress post-traumatique, Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 377, 489-490.

Objectifs.  L’état de stress post-traumatique (ESPT) représente une menace pour la santé, la sociabilité et l’employabilité des salariés exposés. Dans la mesure où il existe des facteurs de risques individuels et organisationnels pré, péri et post-traumatiques, l’objectif de notre contribution est de dépister ces risques lors d’une confrontation des salariés à la mort d’un client sur les lieux du travail afin de préconiser des mesures de prévention adaptées.

Méthodologie. Dans deux études de cas dans le secteur des services, nous avons mis en œuvre un protocole comprenant des entretiens compréhensifs ainsi que le dépistage systématique de signes de détresse et de dissociation péri-traumatique en tant que facteurs prédictifs d’ESPT que nous avons évalués sur la base d’échelles validées (PDI, PDEQ). Nous avons aussi procédé au diagnostic des souffrances mentales repérées et avons recherché les facteurs de risques organisationnels.

Résultats. Dix-huit salariés ont été examinés (4 salariés deux mois après l’accident et 14 quatre mois après). Les interventions ont permis de dépister 5 salariés présentant des facteurs de risques prédictifs d’ESPT. Par ailleurs, un salarié avait un ESPT, un autre une addiction préoccupante et 7 salariés présentaient un trouble anxieux chronique. Les salariés ont été informés des risques et sélectivement orientés vers le réseau de prise en charge en santé mentale. Dans des contextes de risques accidentogènes et psychosociaux, un signalement avec préconisations de prévention collective a été réalisé aux employeurs.

Discussion.  Nous discutons de la spécificité du décès du client dans des entreprises de service et de celui de la demande de prise en charge qui n’émane pas directement des salariés. Nous établissons un parallèle entre prévention des violences au travail et prévention de l’ESPT et insistons sur l’intérêt des approches interdisciplinaires entre professionnels de la santé mentale et ceux de la santé au travail.

Remerciements : Les auteurs remercient les Dr. Virginie Buissé et Frédéric Jover.  Service de Psychiatrie d’Urgence, CHU de  Nice.

Références

[1] Crocq L. et col. Traumatismes psychiques. Prise en charge psychologique des victimes. Paris: Masson; 2007.

[2] Lopez G. Prendre en charge les victimes d’agressions et d’accidents. Paris: Dunod; 2014.

[3] Latapy C. et col. Affections psychiatriques de longue durée. Troubles anxieux graves. Paris: Haute Autorité de Santé; 2007.

[4] Romano H. et col. L’aide-mémoire de l’urgence médico-psychologique. Paris: Dunod; 2013.

 [5] Clarner A., Graessel E., Scholz J., Niedermeier A., Uter W., Drexler H. Work-related posttraumatic stress disorder and other emotional diseases as consequence of traumatic events in public transportation : a systematic review. Int Arch Occup Environ Health 2015;88(5):549-64.

[6] MacDonald HA., Colotla V., Flamer S., Karlinsky H. Posttraumatic stress disorder in the workplace: a descriptive study of workers experiencing PTSD from work injury. J Occup Rehabil 2003;13(2) :63-77.

[7] Plat MC., Westerveld GJ., Hutter RC., Olff M., Frings-Dresen MH., Sluiter JK. Return to work: Police personnel and PTSD. Work 2013;46(1):107-11.

[8] Marchand A., Boyer R., Martin M., Nadeau C. Facteurs prévisionnels du développement de l’état de stress post-traumatique à la suite d’un évènement traumatique chez les policiers. Volet rétrospectif. Rapport R-633. Montréal (Québec): IRSST; 2010.

[9] Marchand A., Boyer R., Martin M., Nadeau C. Facteurs prévisionnels du développement de l’état de stress post-traumatique à la suite d’un évènement traumatique chez les policiers. Volet prospectif. Rapport R-710. Montréal (Québec): IRSST; 2011.

[10] Stergiopoulos E., Cimo A., Cheng C., Bonato S., Dewa CS. Interventions to improve work outcomes in work-related PTSD: a systematic review. BMC Public Health.  Published online 2011 Oct 31. doi: 10.1186/1471-2458-11-838

[11] Jehel L., Brunet A., Paterniti S., Guelfi JD. Validation of the french version of the Peritraumatic Distress Inventory. Can J Psychiatry 2005;50(1):67-71

[12] Birmes P., Brunet A., Benoit M., Defer S., Hatton L., Sztulman H. et al. Validation of the Peritraumatic Dissociative Experiences Questionnaire self-report version in two samples of french-speaking individuals exposed to trauma. Eur Psychiatry 2005;20(2):145-51.

[13] Brunet A. Trousse de triage rapide in http://www.info-trauma.org. Site consulté le 2 mars 2015.

[14] Friedman S., Samuelian JC., Lancrenon S., Even C. Three-dimensional structure of the Hospital Anxiety and Depression Scale in a large french primary care population suffering from major depression. Psychiatry Res 2001;104(3) :247-57.

[15] Bobillier-Chaumon M.E., Dubois M., Retour D., Relations de services. Bruxelles: De Boeck; 2010.

[16] Dejours C., Gernet I., Psychopathologie du travail. Paris: Elsevier Masson; 2012.

[17] De Puy J., Romain-Glassey N., Gut M., Wild P., Mangin P., Danuser B. Clinically assessed consequences of workplace physical violence. Int Arch Occup Environ Health. 2015;88(2):213-24

[18] Maguen S., Metzler TJ., McCaslin SE., Inslicht SS., Henn-Haase C., Neylan TC. et al Routine work environment stress and PTSD symptoms in police officers. J Nerv Ment Dis 2009;197(10):754-60.

[19] Direction des risques professionnels, Prise en charge des traumatismes psychologiques au titre du risque professionnel 1999, DRP n°37/99, ENSM 40/99 in http://www.travailler-mieux.gouv.fr/IMG/pdf/AgressCirculaireCNAM.pdf. Site consulté le consulté le 2 mai 2015.

[20] Fantoni-Quinton S. Doit-on, peut-on parler de droit ou de devoir d’alerte pour le médecin du travail ? Arch Mal Prof Environ 2013;74:56-8.

[21] Kermisch C. Les paradigmes de la perception du risque. Paris: Lavoisier; 2010.

Est-il jamais trop tard (ou trop tôt) pour prévenir l’exposition des salariés au bruit?

Communication au 34ème  Congrès national de Médecine et Santé au Travail , 21-24 juin 2016, Paris : Chakroun R., Follot V., Maurin J., Bonnaud M. Est-il jamais trop tard (ou trop tôt) pour prévenir, Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 77, 377.

Objectif : Le paradigme d’une prévention des effets de l’exposition au bruit sur la base des mesurages d’audiométrie tonale revêt de nombreuses limites dont la faible sensibilité de cet indicateur tardif d’hypoacousies irréversibles. La prévention arriverait-elle alors trop tard ?

Méthode : Nous présentons une étude de cas et discutons les résultats au regard de nouvelles perspectives de dépistage.

Résultats : L’étude porte sur 22 salariés (50 +/- 7 ans  d’âge moyen) d’une même entreprise qui ont déclaré avoir été exposés sur une durée moyenne de 6 +/-1 heure/jour et de 20 +/- 9 ans. Les mesurages ont indiqué que le niveau d’exposition personnelle des salariés dépassait les 80dB(A). Le déficit audiométrique moyen était de 37 +/-7 dB à gauche et de 36+/-7 dB à droite (Figure1). En utilisant un modèle de calcul prédictif[1] validé selon la norme ISO 1999 et sous une hypothèse d’exposition constante à 80 dB(A), nous avons estimé que le déficit prévisible à 5 ans atteindrait à gauche 43 +/- 8 dB (+ 16 %, p<0,001) et à droite de 41 +/-8 dB (+14%, p<0,001). L’effectif  de salariés dont le déficit audiométrique moyen bilatéral serait supérieur à 35 dB, atteignant ainsi le seuil pour une déclaration de maladie professionnelle, passerait alors de 10 à 15 salariés (Figure 2).

Discussion : L’évolution différenciée des effets cliniques et les dispositions  juridiques incitent à  considérer qu’il n’est jamais trop tard pour prévenir[2]. La  démarche de modélisation permet de modifier la perception du risque de l’employeur en le rendant plus appréhendable. Il devrait alors préciser les délais de planification des actions de prévention. Un suivi du niveau d’exposition résiduel et des effets induits est à prévoir. Nous proposons de recourir, en sus de l’exposimètrie,  à l’échoscan audio d’un échantillon de sujets. Cet examen constitue un indicateur de la fatigue auditive par la mesure du différentiel (fin vs. début de poste) du seuil de déclenchement du réflexe auditif efférent[3]. Cet indicateur d’effet réversible précoce permettrait de tester le dimensionnement des actions de prévention et d’en rediscuter le phasage si besoin. Enfin, en intégrant l’échoscan audio au dépistage des normo-entendants, il deviendrait plus réaliste de procéder à des actions proactives de sauvegarde de l’audition plutôt qu’a des actions réactives de réduction des déficits auditifs[4].

Mots-clés : Prévention des pertes auditives, Audiométrie tonale, Echoscan audio, exposition au bruit, fatigue auditive.

Références:

[1] http://www.deparisnet.be / Professeur Jacques Malchaire (Université Catholique de Louvain)

[2] Arrêt Cour de cassation. Chambre civile 2, 06/11/2014, n°13-20.768.

[3] Venet T, Campo P, Rumeau C, Thomas A, Parietti-Winckler C. La mesure de la fatigue auditive périphérique par EchoScan Audio. Référence en Santé au Travail 2014;140:55-63.

[4] Kirchner D.B, et al. Occupational noise-induced hearing loss: ACOEM Task Force on Occupational Hearing Loss. J Occup Environ Med  2012;54(1):106-8.