Réprobation a priori: le sort peu enviable des victimes de violences sexuelles

Süssenbach et al. (2015) ont testé l’hypothèse selon laquelle le niveau d’acceptation des mythes de viols par les sujets attire plus leur attention sur la version du perpétrateur plutôt que  sur celle de la victime de violences sexuelles et ce en se focalisant sur la recherche d’éléments (à charge) sur la victime.

Dans deux études, les auteurs ont examiné l’influence de l’acceptation des  mythes de viol (Rape myth acceptance) sur l’attention portée par les sujets  envers la victime potentielle versus le perpétrateur potentiel de viol.  Dans la première étude (N = 90), les participants devaient sélectionner des renseignements qui portaient soit sur le perpétrateur soit sur la victime. À mesure que l’acceptation des  mythes de viol  augmentait, les participants préféraient des renseignements axés sur la victime plutôt que sur le perpétrateur. Dans la deuxième étude (N = 41), les sujets ont examiné des photos supposées représenter le perpétrateur potentiel et la victime potentielle de viol alors que leurs mouvements oculaires étaient enregistrés. Les sujets dont l’acceptation des  mythes de viol  était élevée ont passé moins de temps à inspecter le perpétrateur potentiel que la victime potentielle.

Dans les deux études, une acceptation des mythes de viols plus élevée prédit des jugements anti-victime et pro-perpétrateur plus marqués. Cette étude reproduit les résultats de recherches antérieures corroborant l’hypothèse selon laquelle l’acceptation des mythes de viols guide l’attention des sujets vers une focalisation sur la victime qui aurait en quelques sortes à «  se justifier » de l’avoir été. Cette réprobation a priori explique d’emblée le statut et le sort  peu enviable de la victime.

Référence : Süssenbach  P. & al. Looking for Blame: Rape Myth Acceptance and Attention to Victim and Perpetrator. J Interpers Violence 2015, Jun 3, 1-22.  DOI: 10.1177/0886260515591975

Publicités

Europe du sud, sexisme et impacts en santé

Borell C & al. (2010) ont mené en Espagne une grande étude sur 10927 femmes âgées de 20 à 64 ans avec une variable indépendante unique (le sexisme perçu) et 6 variables dépendantes dont quatre pour la santé (santé perçue, santé mentale, hypertension artérielle, blessures et accidents durant les 12 derniers mois), une pour les comportement de santé (tabagisme) et une  pour l’utilisation des services de santé (satisfaction/insatisfaction des  besoins de santé).

Des régressions logistiques avec ajustement sur les variables confondantes ont montré que le sexisme perçu est positivement corrélé avec un mauvais état de santé perçue, avec un mauvais état de santé psychique, avec les accidents et blessures durant les 12 derniers mois et avec le tabagisme. La force de ces associations est d’autant plus importante que le score de sexisme est élevé.

Cette étude devrait d’autant plus nous interpeller qu’elle est réalisée en Europe du Sud au plus proche de la France et qu’on ne peut lui opposer des spécificités anglo-saxonnes ou scandinaves pour en réduire la portée. Les auteurs évoquent les pays du sud de l’Europe à forte tradition patriarcale mais seraient-ils les seuls concernés ?

Référence : Borrel C. et al. Perceived sexism as a health determinant in Spain. J. Womens Health  2010 ; 19(4):741-50.

Les pink-collar workers ont-elles la vie en rose ?

Pink collar workers est un vocable formé par analogie avec blue et white collar workers désignant généralement des travailleurs ouvriers et cadres mâles. Forgé à la fin des années 70, Pink collar workers évoque la sur-représentation des  femmes dans les métiers du care, qu’il s’agisse de soins médicaux, sociaux ou éducatifs, par exclusion des autres métiers et sur la base d’une « naturalisation » discriminatoire des aptitudes à la prosocialité des femmes. En dépit d’exposition à des risques bio-psycho-sociaux spécifiques et contrairement à blue et white collar worker, pink collar worker n’a pas fait flores si l’on en juge à l’aune de l’usage conversationnel ou à celui des références Google (29 mai 2016) : 23 000 références pour pink-collar worker pour environ 400 000 soit 17 fois plus pour chacun des deux autres construits sociaux.

Sur la base de données médicales PubMed, une interrogation  avec le terme pink collar dans les titres des articles (pink collar[Title]) ne recense que 2 références (1990 et 2015) versus 189 et 245 pour respectivement les blue et white collar. Dans la plus ancienne des deux études spécifiques, l’auteur évoque la création d’une pink collar médecine du fait de la féminisation de la profession. Les implications évoquées reprennent des stéréotypes ordinaires (1).  Dans la plus récente, les auteurs tentent une comparaison  des indicateurs de santé entre les 3 status (blue, white et pink) sur la base d’une étude transversale à partir des données d’un observatoire de santé anglais. Les auteurs qui concluent à l’effet protecteur du statut pink collar  sur la mortalité cardiovasculaire, s’empressent de pondérer leurs conclusions par la nécessité de prendre en compte par une approche longitudinale les expositions professionnelles et de style de vie (2). Et dire que pendant ce temps, la dernière étude publiée sur les white collar workers (17 mai 2016) s’intéresse à la problématique de l’halitose[1] (3) !

Pour autant, c’est moins le sort du vocable Pink collar workers qui nous intéresse que les ouvertures théoriques et pratiques qu’il aurait pu offrir s’il avait été plus investi. En ce sens, huit ans plus tard, nous revenons vers la question posée en 2008 par F. Bardot : « La santé des femmes au travail ? Une question sans intérêt en médecine du travail ? » (4). Dans cet article, partant d’une division sexuée horizontale et verticale du travail, l’auteure s’étonne qu’en dépit de rapports sociaux inégalitaires, la question de l’impact spécifique de conditions de travail différenciés sur la santé des femmes ait mis si longtemps à émerger en tant que sujet d’étude autonome. Certes les «arbres» de la prévention des risques chez la femme enceinte existaient depuis longtemps mais ils masquaient volontiers « les forêts» des autres approches sexuées de la santé au travail. Ce n’est qu’en 2014, suite à la loi 2014-873 pour l’égalité entre les hommes et les femmes que les principes généraux de prévention se sont enrichis, en ce qui concerne l’évaluation des risques, de la mention : « Cette évaluation des risques tient compte de l’impact différencié de l’exposition au risque en fonction du sexe » (article L4121-3 du code du travail).

Dans ce contexte et dans la mesure où, pink collar workers s’est avéré ne pas être un mot clé de recherche pertinent pour les études réalisées sur la spécificité de genre en santé au travail, nous avons réinterroger la base PubMed avec une équation de recherche plus explicite, plaçant dans le titre la conjonction des items femme et travail : women[Title] AND workplace[Title]. Seules 114 références répondent à ces spécifications sur les millions d’articles référencés par la base. C’est bien peu ! Ironie de l’histoire et de l’Histoire, la plus ancienne de ces références qui date de 38 ans posait déjà en 1978 la question : « Is there a need for health services for women at the workplace ? ».

Pour autant, des changements semblent enfin se profiler en France comme dans cette étude de F.chappert et P. Thierry qui ont montré, par une approche longitudinale de l’accidentologie des salariés du régime général, qu’entre 2001 et 2014 les accidents du travail et de trajets avaient connu des évolutions inverses, en involution chez les hommes et en évolution chez les femmes alors que les maladies professionnelles évoluaient plus chez les femmes que chez les hommes (5). Expliquant ces écarts par des facteurs organisationnels relatifs à une exposition différenciée dans les secteurs, les emplois, les activités, les parcours et les rôles sociaux, les auteures proposent, dans le cadre de l’Anact, une méthodologie d’intervention permettant d’agir par plus de mixité et d’égalité professionnelle.

Références

  • Ramirez de Arellano AB. Pink colar medicine : Implications of the feminization of profession. P R Health Sci 1990;9(1):21-4
  • Basu S., Ratcliffe G., Green M. Health and pink-collar work. Occup Med 2015;65(7):529-34
  • Chen X., Zhang Y., Lu H.X., Feng X.P. Factors associeted with halitosis in white-collar employees in Shengai, China. PLoS One 2016; May 17;11(5):e0155592. doi: 10.1371/journal.pone.0155592.
  • Bardot F. La santé des femmes au travail ? Une question sans intérêt en médecine du travail ? Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement 2008 ;69 :120-122
  • Chappert F., Thierry P. Photographie statistique des accidents de travail, des accidents de trajet et des maladies professionnelles : Des tendances d’évolution différenciées pour les femmes et les hommes. Disponible sur http://www.anact.fr/photographie-statistique-des-accidents-de-travail-des-accidents-de-trajet-et-des-maladies-0

[1] L’halitose est un terme médical désignant la mauvaise haleine.

Pour un outil prédictif de la désinsertion professionnelle

La revue Références en Santé au Travail vient de publier (Pélissier, Chauvin et Fontana ; 2016)  un article sur les facteurs prédictifs d’une restriction d’aptitude ou d’une inaptitude au décours d’un arrêt de travail pour maladie. Les auteurs indiquent avoir construit :  » un score prédictif en renseignant quatre variables explicatives …Ce score pourrait être utilisé pour identifier en amont les situations difficiles de reprise du travail, de manière à mieux anticiper la mise en place des procédures de maintien dans l’emploi « .
Parmi, ces quatre critères prédictifs, le jugement du salarié sur sa capacité à reprendre le travail et la durée de l’arrêt de travail sont les deux critères les plus contributifs. Ce travail  est à mettre en parallèle avec nos travaux  sur le rôle médiateur de la résilience des salariés dans la prévention de la désinsertion professionnelle dont nous publierons l’abstract sur ce site après communication aux 34ème Congrés de Santé et Médecine du Travail (21-24 juin 2016). L’idée serait de passer d’un outil descriptif de prédiction de la désinsertion professionnelle à un outil opératif de sa prévention mais d’ici là, il reste encore du travail à faire. En attendant, nous accueillons avec grand intérêt ce travail publié.
Référence:

Pélissier C, Chauvin F., Fontana L (2016), Facteurs prédictifs d’une restriction d’aptitude ou d’une inaptitude au poste de travail antérieur en visite de reprise: élaboration d’un score, Références en Santé au Travail,145, 29-42

Violences morale et sexuelle: L’intervention des témoins sous conditions ?

De nombreux auteurs ont montré l’importance de l’intervention des témoins dans la réduction des cas de violences morale et sexuelle. Cette intervention a été théorisée sous le nom de  Bystander intervention Model (Modèle d’intervention des témoins) donnant ainsi appui à de nombreux programmes de prévention (1,2, 3).

Il est fréquent que les protagonistes se connaissent préalablement à l’émergence des violences et il est tout aussi fréquent que les témoins connaissent soit le perpétrateur, soit la victime soit les deux protagonistes. Or à ce jour peu d’études se sont intéressées à cet effet de connaissance antérieure différenciée des protagonistes sur l’intervention des témoins. Pourtant en pratique, cette interaction est essentielle tant dans la prévention (activation ou non de l’intervention) que dans la réparation (activation ou non du témoignage des témoins lors des enquêtes, qu’il s’agisse d’enquêtes confiées aux CHSCT ou d’enquêtes conduites dans le cadre d’une procédure judiciaire)

Dans nos récentes recherches sur la prévention du harcèlement sexuel (Chakroun et Soudre-Lécué, 2014 ; Chakroun et Soudre-Lécué, 2015), nous avions neutralisé cette problématique de connaissance antérieure différenciée au profit d’autres objectifs de recherche. Nous avons en effet explicitement postulé dans les cas expérimentaux soumis aux témoins, un  cadre restrictif posant un niveau de connaissance comparable des témoins, ainsi formulé: « Vous connaissez bien à la fois, le harceleur et la victime. Vous avez une liberté totale pour intervenir le temps nécessaire pour le faire » (4,5). Mais est-ce toujours le cas ? Deux études récentes nous invitent à y réfléchir.

La première bénéficie de l’impulsion de La Professeure Victoria Banyard (University of New Hampshire) qui est une auteure prolifique dans l’étude des effets du Bystander Intervention Model appliqué à la prévention des violences sexuelles. Avec ses co- auteurs, elle a réalisé en 2015, une étude expérimentale pour éclairer la modification des attitudes des témoins de violences sexuelles lorsqu’ils connaissaient antérieurement la victime et/ou le perpétrateur (6). Ses résultats suggèrent que la probabilité d’intervention des témoins est plus élevée dans les situations à plus haut risque d’agression et quand les témoins sont des femmes. Celles-ci interviennent de manière équi-probable tant dans les situations où elles connaissaient déjà le perpétrateur ou non alors que les hommes interviennent plus probablement quand ils ne connaissaient pas déjà le perpétrateur.

Dans la deuxième étude expérimentale réalisée en 2016 par Palmer et col. (7) et dont le titre débute par l’accroche : « Does Who You Know Affect How You Act ? », il s’agissait d’étudier si le type d’intervention (direct, indirecte ou délégué à des tiers) varie en fonction du sexe du témoin et de la distance relationnelle qu’il avait avec la victime et le perpétrateur dans différentes configurations criminelles. Les résultats montrent que les sujets qui connaissaient la victime ou le perpétrateur choisissent l’intervention directe dans les agressions sexuelles et l’intervention directe ou indirecte dans les violences intimes alors qu’ils retiennent une intervention déléguée, aussi bien dans les agressions sexuelles que dans les violences intimes, quand ils ne connaissaient ni la victime ni le perpétrateur. Les auteurs indiquent que cet effet de connaissance antérieure est plus puissant sur les choix d’option d’intervention des témoins et que ne l’ait leur genre et cela même si les hommes témoignent d’une probabilité d’intervention directe plus élevé dans les agressions sexuelles et les femmes d’une probabilité d’intervention indirecte plus élevé dans les violences intimes.

En conclusion, les auteurs des deux études expérimentales évoquées ci-dessus, réalisées sur des étudiants de campus américains, suggèrent l’importance de revoir les programmes de prévention des violences sexuelles à l’aune de ce contexte spécifique d’appréciation genrée de la distance relationnelle entre victime, témoins et perpétrateur. C’est en ce sens que le titre de ce post interroge : l’intervention des témoins sous conditions ?  Et en France, où en sommes-nous des programmes de prévention des violences sexuelles dans les universités et dans les entreprises ? Pas très loin, je le crains, car les recherches que nous avons initiées en 2012 en France sur la formation des futurs managers à la prévention du harcèlement sexuel n’ont pas encore à ma connaissance à ce jour étaient reprises et développées (8). Et pourtant, il s’agit de sujets de recherche passionnants que mémorants et doctorants devraient investir avec la conviction de réaliser une recherche débouchant sur des  préconisations de prévention concrètes à la clef.

Bibliographie

[1] Darley J., Latané B. (1968), Bystander intervention in emergencies: Diffusion of responsibility. Journal of Personality and Social Psychology, 8,‎377-383.

[2] Chekroun P. (2008), Pourquoi les individus aident-ils moins autrui lorsqu’ils sont nombreux ? Revue Électronique de Psychologie Sociale, 2,‎ 9-16

[3] Nickerson AB., Aloe AM., Livingston JA. Feely TH. (2014), Measurement of the bystander intervention model for bullying and sexual harassment. Journal of Adolescence, 37, 4, 391-400.

[4] Chakroun R., Soudre-Lécué N. (2014), Identification du harcèlement sexuel et légitimité des salariés à intervenir : Effets de la relation hiérarchique et des informations délivrées. Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 75, 4, 382-395.

[5] Chakroun R., Soudre-Lécué N. (2015), Analyse de l’effet du vide juridique sur l’identification du harcèlement sexuel et sur la légitimité des témoins à intervenir. Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 76, 539-552.

[6] Bennett S., Banyard VL., Edwards K. (2015), The impact of bystander’s relationship with victim and the perpetrator on intent to helop in situations involving sexual violence. Journal of interpersonal violence, june 2, doi: 10.1177/0886260515586373

[7] Palmer JE., Nicksa SC., McMahon S.(2016), Does Who You Know Affect How You Act? The Impact of Relationships on Bystander Intervention in Interpersonal Violence Situations. Journal of  Interpersonal Violence, February 8, 2016, doi: 10.1177/0886260516628292

[8] Chakroun R. (2012), Formation en Santé au travail des futurs managers : Identification du harcèlement sexuel et évaluation de la formation. Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 73, 5, 733-742.

Bien-être au travail, précarisation de l’emploi salarié et indicateurs de santé !

L’approche critique des organisations ne devrait ni déclencher l’hystérie ni être récusée au motif qu’elle émanerait d’une perspective idéologique qu’une contre-perspective tout aussi idéologique mais distincte devrait s’empresser de réduire au silence. Il est bon de rappeler que la recherche s’adosse sur une triple ambition : idiographique visant à décrire, nomologique visant à expliquer les logiques et éclairer les complexités et enfin critique visant à interroger les théories et les pratiques pour actualiser les acquis. C’est dans ce contexte, que devrait s’inscrire, la revue critique de l’organisation de la prévention des risques professionnels.

En ce début 2016, Lax s’interroge dans New Solutions [A journal of environmental and occupational health policiy (Sage Publising)] sur la place de la toute récente centration sociale sur le bien-être dans la reconfiguration de la santé au travail en contexte économique néo-libéral. L’auteur n’en est pas à sa première contribution puisque 12 ans plus tôt en 2004, il s’interrogeait déjà sur la tendance de la nouvelle économie à rendre la mariée plus belle en édulcorant des indicateurs de performance en santé au travail. Une version plus économique du « healthy worker effect » incluant comme déterminants additionnels une part de précarisation et d’invisibilisation de l’emploi salarié. Vous trouverez ci-dessous les abstracts de ces deux contributions disponibles sur PubMed qui pour nord-américaines qu’elles soient intéressent aussi l’hexagone.

>>>> Lax MB. The Perils of Integrating Wellness and Safety and Health and the Possibility of a Worker-Oriented Alternative. New Solut 2016 Feb 10. pii: 1048291116629489. [Epub ahead of print]

Integration of workplace wellness with safety and health has gained momentum on the initiative of the state allied with a segment of large employers and some health and safety professionals. Integration has a dual potential: to fundamentally reshape occupational health in ways that profoundly benefit workers, or to serve neoliberal corporate goals. A focus on the workplace and the ways work and health interact broaden the definition of a work-related injury or illness and emphasize and challenge the employer decisions that create hazards and determine risk. However, the implementation of integration is taking place in a context of corporate dominance and the aggressive pursuit of a neoliberal agenda. Consequently, in practice, integration efforts have emphasized individual worker responsibility for health and fail to actually integrate wellness with safety and health in a meaningful way. Can an alternative be envisioned and pursued that realizes the promise of integration for workers?

>>>> Azaroff LS, Lax MB, Levenstein C, Wegman DH. Wounding the messenger: the new economy makes occupational health indicators too good to be true. Int J Health Serv. 2004;34(2):271-303.

The U.S. Bureau of Labor Statistics and workers’ compensation insurers reported dramatic drops in rates of occupational injuries and illnesses during the 1990s. The authors argue that far-reaching changes in the 1980s and 1990s, including the rise of precarious employment, falling wages and opportunities, and the creation of a super-vulnerable population of immigrant workers, probably helped create this apparent trend by preventing employees from reporting some injuries and illnesses. Changes in the health care system, including loss of access to health care for growing numbers of workers and increased obstacles to the use of workers’ compensation, compounded these effects by preventing the diagnosis and documentation of some occupational injuries and illnesses. Researchers should examine these forces more closely to better understand trends in occupational health.

Faire place à la version de la victime : une voie de prévention du harcèlement sexuel ?

Serait-ce ce type d’expériences dont certains, diraient à tort, à propos des résultats, on le savait déjà ? Mais la psychologie naïve, de sens commun, est trompeuse et rien ne vaut l’expérimentation scientifique.

Dans une première expérimentation, Diehl, Glaser et Bohner (2014) ont démontré qu’informer les sujets (n= 101, homme et femmes) de la forte versus la faible gravité d’un harcèlement sexuel favorisait l’empathie envers la victime et réduisait l’adhésion à l’acceptation des mythes relatifs au harcèlement. Dans la deuxième expérimentation, réservée aux seuls sujets masculins (n=119), l’intervention a testé la présentation d’un harcèlement sexuel d’un point de vue neutre, versus de celui de la victime versus de celui du perpétrateur. Seule la présentation du point de vue de la victime réduisait l’acceptation des mythes relatifs au harcèlement et la probabilité de harceler. Voilà pour l’étude.

Or on constate empiriquement dans les entreprises, la prévalence de la présentation des événements selon le point de vue de l’éventuel perpétrateur (généralement supérieur hiérarchique ou cadre) sur celui de l’éventuelle victime (généralement collaboratrice ou employée). Autant dire que non seulement cette pratique ne contribue pas à la justice procédurale attendue par les salariés de leur direction mais qu’en plus cela ne permet pas l’apprentissage organisationnel dans le cadre d’une prévention secondaire du risque. Si on faisait enfin, une place à la version vivide de la victime, il y aurait une voie pour l’amélioration de la prévention secondaire.

Source :

Diehl C , Glaser T, Bohner G. Face the consequences: learning about victim’s suffering reduces sexual harassment myth acceptance and men’s likelihood to sexually harass. Aggress Behav.2014;40(6):489-503.

Des ressources documentaires….et après ?

Les préventeurs francophones ne pourront pas dire qu’ils manquaient de ressources documentaires. Nous donnons ci-dessous une synthèse de cette pléthore de ressources, scientifiques ou empiriques, avec des liens directs vers les sites des institutions et des revues multidisciplinaires utiles aux préventeurs. En conclusion nous en discutons l’utilité pragmatique.

Tout d’abord, des ressources documentaires incontournables sont référencées par les principales institutions étatiques et para-étatiques dont le cœur de métier est au moins en partie la prévention des risques au travail.

  • En France: Ministère du travail et de l’emploi, INRS, ISTNF, CARSAT, ANACT
  • En Belgique : le Service Public Fédéral Emploi, Travail et Concertation Sociale ainsi que le Service Public Fédéral Santé Publique
  • en Suisse : SUVA, l’Institut Universitaire Romand de Santé au Travail
  • au Québec : L’Institut de Recherche Robert Sauvé en Santé au Travail, l’Institut National de Santé Publique du Québec, la chaire de gestion de la santé et sécurité au travail de l’Université de Laval

Par ailleurs, le site du réseau des documentalistes des services de santé au travail des pays de la Loire publie régulièrement des ressources informationnelles scientifiques et pragmatiques pour les préventeurs. Il faut rendre hommage au travail des auteurs : Beneteau L., Delmas V., Martin K. et Garrivet C. Je vous recommande tout particulièrement le bulletin documentaire mensuel qui reprend l’actualité en santé au travail et oriente vers des sources fiables de savoirs. Je vous recommande aussi l’enrichissante page des sommaires actualisés de 24 revues francophones partiellement ou totalement orientées santé au travail

Toutefois, les auteurs n’ont pas retenu dans le périmètre des revues sélectionnées, les revues de Psychologie du Travail et des Organisations, les principales revues internationales en médecine et santé au travail anglophones par ailleurs, ainsi que les revues traitant plus spécifiquement du genre, du stress et des violences au travail. Vous trouverez les liens vers les ressources cités ci-dessus sur une page spécifique de Laboris Causa intitulée Ressources Documentaires.

En conclusion de ce billet consacré aux ressources documentaires, nous assistons ici comme en contexte général d’informations à une avalanche de propositions de ressources professionnelles. Leur nombre et leur densité dépassent de loin les capacités temporelles disponibles pour en prendre connaissance même dans un champ limité et dans une perspective téléologique précise. L’utilité probable d’un investissement temporel est alors un point clé à trancher aussitôt que possible d’où l’intérêt d’une approche bibliographique autonome en pull par interrogation de banques de données plutôt qu’en push par abonnement à des revues et/ou à des newsletters même si les deux approches ne sont (heureusement) pas incompatibles. Ainsi, au-delà des ressources documentaires disponibles, l’applicabilité des mesures de préventions ne peut faire ni l’économie de leur validité intrinsèque (niveau de preuve), ni l’économie de la levée des contraintes auxquelles doivent faire face les préventeurs tant en interne au sein des services de santé au travail qu’en externe en fonction de la culture de sécurité des entreprises supposées les appliquer et les faire vivre, ni enfin l’économie du jeu des relations entre service de santé au travail, employeurs et représentants des salariés (collaboration, coopétition, confrontation, domination). Une telle analyse tripartite -niveau de preuves, contraintes, relations- n’est pas sans rappeler les modèles décisionnels promus par l’Evidence Based Medicine*….dans laquelle des pistes complémentaires ont été proposées à travers les POEM** (Patient Oriented Evidence that Matter), et la Narrative Based Medicine***. De telles pistes devraient être explorées en santé au travail en gardant à l’esprit qu’il s’agit de remplacer patient par salarié, collectif de travail et organisation ainsi que Médecine par Santé !

Notes : *Médecine factuelle ; ** Synthèse dynamique et critique de l’état de l’art appliquée à une situation particulière permettant de fournir des preuves ayant une valeur discriminante pour l’évolution favorable du patient ; ** Approche compréhensive de cas idiosyncrasiques

Références :

Chabot J-M. (2005). Evaluation & Formation. Paris : Editions Jean-Baptiste Baillière

Manzoli L et al. Evidence-based approach for continuous improvement of occupational health. Epidemiol Prev 2015. Jul-Aug;39(4 Suppl 1):81-85.

Hugenholtz NI, Sluiter JK, van Dijk FJ, Nieuwenhuijsen K. EBM E-learning: Feasible and Effective for Occupational Physicians in Different Countries. Saf Health Work 2012. Sep;3(3):199-208.

L’ergonomie cognitive de conception : un puissant outil de prévention

L’ergonomie, science de l’adaptation du travail à l’homme (1), a une plus grande portée quand elle est intégrée dès la conception de l’environnement matériel, des outils et des méthodes de travail plutôt que quand elle intervient secondairement. Par opposition à l’ergonomie de correction, l’ergonomie de conception prévient le risque en évitant qu’il ne survienne.

Les représentations confinent parfois l’ergonomie de conception à l’industrie lourde comme par exemple de prévoir un chemin de ronde sûr et accessible autour d’une cuve de fermentation plutôt que de devoir y accéder par un escabeau ! Ce faisant, on oublie le rôle qu’elle pourrait occuper dans les services alors même qu’ils représentent une part croissante de l’activité économique. Au-delà de son rôle dans les services traditionnels tels que l’hôtellerie et la restauration, l’ergonomie de conception s’applique, bien évidemment, aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Qui n’a pas entendu parler de la prise en main et de l’ergonomie de telle ou telle application (2, 3, 4).

En pratique, l’ergonomie cognitive de conception intervient en amont de la prestation du service pour en améliorer la fonctionnalité, réduire la réactance et les résistances des clients mais aussi pour en réduire l’impact négatif sur la santé des salariés. Prenons un centre d’appel de téléventes, d’assurances, de croisières ou encore de voyance avec des téléopérateurs qui enchainent les appels sortants sur la base d’un fichier plus ou moins bien qualifié. L’appel en cours n’est pas encore achevé que le progiciel de numérotation automatique met déjà en attente le prospect suivant qui commence à s’énerver dès avant la prise de contact avec le téléopérateur. Ce dernier, qui vient de se faire éreinter par le prospect précédant énervé d’être ciblé par une offre inadaptée et/ou une trame argumentaire dolosive, n’aura pas pu bénéficier d’un temps minimum de récupération cognitive avant que le logiciel ne le projette vers le prospect suivant contre la résistance duquel il aura forte probabilité de se « fracasser » sans faire de vente ! Et bis repetita placent.

Bien que la prescription de ce mode opératoire puisse paraître irrationnelle et contreproductive, elle reste usitée car rentable ! Le business model ne repose certes pas sur le qualitatif mais sur de forts volumes d’appel à faibles coûts et à faibles rendements qui génèrent mécaniquement une rentabilité paradoxale suffisante pour ses promoteurs. Ces derniers n’en supportent pas les coûts indirects sur la santé physique et psychologique des salariés dont le turn-over majeur fait partie du système de violence institutionnelle mis en œuvre. On recrute par vagues, on expose en masse, on évalue en finesse et on rejette les contre-performers…et il y en a pour non atteinte d’objectifs irréalistes au regard des moyens alloués ! Quid du coût de la dissonance cognitive des téléopérateurs ? Quid de l’impact sur l’estime de soi ? Quid de la dégradation du sentiment d’efficacité personnelle ? Tout cela est nié par les managers qui vous parlent de formations (parfois bien trop courtes et bien peu variées), de superviseurs (parfois trop pressifs et trop stressés), de liberté de faire des pauses et de conciliation des vies personnelle et professionnelle (alors que les horaires de travail sont justement «libres » pour permettre de redoubler d’effort auprès des prospects chauds avant que la vente réalisée ne soit attribuée à un autre téléopérateur car sortie de l’exclusivité limitée de préemption du prospect. Et que dire des fichiers qui ne sont rafraîchis qu’à partir de 18 heures afin que les téléopérateurs en compétition ne se les arrachent pour compléter la réalisation de l’objectif journalier  auquel ils ont été confrontés toute la journée durant sur des écrans de benchmark visibles de tous !)

Dans les activités de vente où le déséquilibre entre les contributions fournies par les salariés et l’articulation des rétributions fixes et des promesses de variables finissent par générer des conflits de valeur, l’ergonomie cognitive devrait être mobilisée à la conception même du service au titre de contribution stratégique. Dans un remarquable article, Grosjean et Neboit (2000) préconisent que les projets de conception des situations de travail soient soumis à une quadruple évaluation : réflexive, tactique, stratégique et politique (5).

Si les banquiers n’étaient pas eux-mêmes si exposés aux risques psychologiques qu’ils en développent des scotomes cognitifs, ils devraient exiger que la santé des salariés au travail soit un chapitre à part entière des business plan de financement qui leur sont soumis ! Il ne s’agit ici ni d’une proposition idéologique, ni de vouloir rendre, comme le discute Comte-Sponville, le capitalisme moral, il s’agit simplement de pointer le fait qu’un business pérenne ne peut faire l’impasse sur la santé et la sécurité au travail (6). Et pour réaliser des plus-values sur investissements non spéculatifs, la pérennité dans le business ça compte ! Les problématiques de préservation de la santé mentale dans les centres d’appel ont été remarquablement appréhendées dans deux récentes contributions par Duarte sur le « mentir au travail » et ses conséquences en termes de conflit de valeurs et par  Chouanière préconisant quatorze mesures organisationnelles pour améliorer la santé dans les call centers (7, 8).

Concrètement, les préventeurs devraient être attentifs à la composante « facteurs de risque » des facteurs des succès dans les activités commerciales. Dans deux recherches en sciences de gestion, nous nous sommes intéressés :

En synthèse : La bonne santé économique des entreprises se dote d’indicateurs de performances dont il faudrait challenger l’impact sur les indicateurs de santé en tenant compte du décalage temporel d’expression des résultats d’une part sur un exercice comptable consolidé à l’aune d’une année civile et d’autre part sur un retentissement physique et psychique consolidé à l’aune d’une « espérance de vie en bonne santé ». Pour mémoire elle était selon l’INSEE en 2010 de (seulement) 61,8 ans pour les hommes et de 63,5 ans pour les femmes soit un peu moins de « l’espérance de vie au travail » que l’avenir promet aux jeunes téléopérateurs (9). Il serait donc judicieux de rajouter un peu plus de santé et de sécurité au travail à la triple bottom line du sustainable growth (10) !

 Bibliographie :

[1] Clot Y. et Leplat J. (2005), La méthode clinique en ergonomie et en psychologie du travail, Le Travail Humain, 68, 4, 289-316.

[2] Hubault F. et Bourgeois F. (2004), Disputes sur l’ergonomie de la tâche et de l’activité ou la finalité de l’ergonomie en question, Activités, 1,1, 34-52.

[3] Leplat J. (2003), L’analyse psychologique du travail, Revue européenne de psychologie appliquée, 54, 101-108.

[4] Leplat J. (2004), Elements for the study of prescriptive documents, Special issue : Activités et action / cognition située, 1, 2, 195-196.

[5] Grosjean J.C et Neboit M. (2000) Ergonomie et prévention en conception des situations de travail, Hygiène et Sécurité du travail, 179, 2, 31-48.

[6] Comte-Sponville A. (2004). Le capitalisme est-il moral ?, Paris:Albin Michel.

[7] Duarte R. (2015). Mentir au travail, Paris:Presses universitaires de France.

[8] Chouanière D. (2015). Santé et organisation dans les centres d’appels : une approche épidémiologique In Thébaud-Mony A., Davezies P., Vogel L. et Volkoff S. (eds) Les risques du travail, Paris: La découverte.

[9] Source : http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?ref_id=CMPECF02228

[10] Source : http://www.ibrc.indiana.edu/ibr/2011/spring/article2.html

Les (trop ou pas assez) multiples rôles des infirmières en santé au travail

La contribution de Kanamori et Col. [1], étude nippone publiée en 2015, s’intéresse à l’impact différentiel de la présence ou non d’une infirmière en santé au travail sur la promotion de la santé. L’ambition des auteurs était de grande envergure: plus de 3200 entreprises ont été ciblées pour 415 entreprises incluses in fine dans l’étude dont près de 42% disposaient d’une infirmière en santé au travail.

Les terrains de promotion de la santé les plus investis (c’est-à-dire ayant donné lieu à des actions de prévention dans les entreprises) ont été par ordre décroissant de fréquence: la santé mentale, la réduction du tabagisme, l’exercice physique, la nutrition, la santé bucco-dentaire, le sommeil et la consommation alcoolique. Les auteurs ont constaté que, la probabilité pour qu’une action de promotion de la santé ait lieu est significativement plus élevée en présence plutôt qu’en l’absence d’infirmière en santé au travail. Le rapport de cotes (ou risque relatif rapproché ou rapport de probabilité d’occurrence ou Odds Ratio)1 était de 2,43 fois plus pour la santé mentale ; de 3,70 fois plus pour la réduction du tabagisme ; de 4,25 fois plus pour la santé bucco-dentaire ; de 4,98 fois pour l’exercice physique ; de 8,34 fois plus pour la nutrition et de 8,96 fois plus pour la réduction de la consommation d’alcool. Les auteurs ont conclu, après ajustement en fonction de la taille de l’entreprise et de l’existence d’une politique de promotion de la santé, que les entreprises qui disposent d’une infirmière en santé au travail font plus pour la promotion de la santé au sein des entreprises.

Ces résultats me permettent de soulever trois pistes de réflexion :

1/ Bien que relatif aux effets de l’intervention ou non d’une infirmière en santé au travail, le champ de cette étude concerne la promotion de la santé au sein des entreprises et non la   prévention des pathologies professionnelles au sens français du terme ni même la promotion de la santé populationnelle basée sur un plan de santé publique. Il faut entendre ici par promotion de la santé une auto-saisine de certains terrains de santé par des entreprises. Dans ce contexte, il n’est pas acquis que la prévention profite aux sujets qui en ont le plus besoin du point de vue de la prévention des risques professionnels ou de celui de la santé publique. Peretti-Wattel [2,3] nous invite à réfléchir sur le fait que la prévention primaire comporte un risque d’accroissement des inégalités sociales quand sa mise en œuvre et son efficacité sont socialement différenciées. Il est donc utile de connaître les hypothèses fondatrices sur lesquelles elle repose.

2/ Par ailleurs, il n’y a pas dans cette étude de parallélisme entre les efforts déployés en termes de fréquence d’actions entreprises et les performances différentielles obtenues en termes d’odds ratio, ce qui suggère que d’autres facteurs explicatifs pesent sur les résultats attendus. L’exemple de la santé mentale est à ce titre éloquent. Quelle pourraient être la nature et le dimensionnement d’une auto-saisine par les entreprises des actions de prévention dans ce domaine par rapport aux besoins effectifs des sujets ?  Pour amorcer le débat, on se reportera utilement à l’article de Davezies et Clot (2011) intitulé: « Des accords sur le stress qui sonnent faux »  [4].

3/ Pour autant, les résultats peuvent (à tort) paraître évidents. Une lecture réductionniste pourrait les résumer sous la forme: les auteurs ont démontré qu’il y avait plus d’effet des actions de promotion de la santé dans les entreprises qui disposent d’une professionnelle de la santé par rapport à celles qui n’en disposent pas. De la même manière réductionniste, les résultats de notre billet sur les homicides des policiers pourraient être résumés en : les auteurs ont démontré que le taux d’homicides des policiers en service était plus important dans les états où la population était plus lourdement armée.  Certains pourraient presque dire : « Tout ça pour ça, c’est évident…on le savait déjà ». Ce réductionnisme procède d’un biais dit rétrospectif. Dans la première édition de son manuel de Psychologie Sociale, Sylvain Delouvé [5] met en garde ses lecteurs dès la première page de son avant-propos sur les effets négatifs de ce biais. Dans une expérimentation, l’auteur a fourni à deux groupes de sujets deux séries de proverbes antinomiques (par exemple: « Qui se ressemble s’assemble » et « Les contraires s’attirent ») en indiquant comme rationnel leurre que des études scientifiques avaient permis de conclure à leur validité. Interrogés sur l’intérêt d’avoir mené de telles études, les sujets des deux groupes se montraient peu enthousiastes et indiquaient que le résultat était attendu…donc tout et son contraire ! Les croyances individuelles ou collectives les plus profondes, ne sont pas pour autant scientifiquement étayées en contexte spécifique sans même évoquer les impératifs pour une transposition à d’autres contextes et pour une généralisation des résultats. Ainsi, si le sens commun admet que la prévention devrait réduire les risques, l’allocation de ressources économiques à la prévention, pourrait difficilement se passer de démonstration. Et si le sens commun admet aux États Unis que les armes sont de simples « équipements légaux de protection individuelle », l’étude sur les homicides de policiers en fonction de leur diffusion dans le public peut contribuer à faire bouger les lignes.

C’est dans ce contexte que devraient être pondérés les écrits de Kanamori et Col. qui concluent: « This result suggests that the posting of an occupational health nurse to a worksite is associated with the conduct of health promotion activities » [1]. Quant à savoir si nous sommes en présence de trop (ou de pas assez) multiples rôles des infirmières en santé au travail, je vous laisse répondre à la question !

Note1: http://dictionnaire.academie-medecine.fr/?q=risque%20relatif

Références

[1] Kanamori et Col. The association between the presence of occupational health nurses at Japanese worksites and health promotion activites, Sangyo Eiseigaku Zasshi 2015. Aug 12. Published on line ahead of print in http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26268550

[2] Peretti-Wattel P. La prévention primaire contribue-t-elle à accroître les inégalités sociales de santé ? Revue d’Epidémiologie et de santé Publique 2013;61S : S158-S162

[3] Peretti-Wattel P. (2007) Sociologie du risque. Paris: Armand Colin

[4] Davezies P. , Clot Y. Des accords sur le stress qui sonnent faux. Santé & Travail 2011; 74 , avril : 26-29.

[5 ] Delouvée S. (2010). Psychologie sociale. Paris: Dunod.