Sexisme au travail et risques de violences envers les femmes

-Communication au 35ème Congrès National de Santé et Médecine du Travail-

Chakroun R., Presseq P., Milhabet I. Effets du sexisme des salariés sur les risques de violence à l’encontre des femmes. Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement 2018;79(3):439

Objectif. Dans un contexte de domination masculine, le sexisme envers les femmes, défini comme un ensemble de stéréotypes et de discriminations liés au genre, entraîne des conséquences négatives sur l’employabilité et le bien-être. Des auteures féministes ont toutefois montré que des femmes pouvaient faire état de sexisme à l’encontre de leur groupe d’appartenance, renforçant ainsi les discriminations. L’objectif de l’étude est de caractériser le sexisme exprimé par des salariés des deux sexes et d’évaluer le lien entre celui-ci et l’acceptation des mythes de viol (AMV) considérée comme un facteur de risque des violences faites aux femmes.

Méthode.  Étude expérimentale réalisée en 2016 auprès de 213 salariés du secteur privé (110 hommes et 103 femmes) recrutés par des professionnels de santé au travail. Les salariés ont renseigné leur acceptation du sexisme ambivalent (échelle du sexisme ambivalent, Dardenne et col., 2006) ainsi que leur AMV (adaptation française de l’échelle Updated IRMA, McMahon et Farmer, 2011). Les salariés ont été randomisés selon 3 conditions expérimentales : l’analyse de leurs réponses leur ayant été présentée comme devant être réalisée par des scientifiques évaluateurs, hommes vs femmes vs groupe témoin non informé du sexe de l’évaluateur. Le plan expérimental comportait deux variables indépendantes, le sexe des évalués et celui des évaluateurs, et s’appliquait à trois variables dépendantes : la désirabilité sociale avec ses deux dimensions (auto et hétéroduperie), le sexisme ambivalent avec ses deux dimensions (hostile et bienveillant) ainsi que l’AMV.

Résultats. Les groupes, hommes et  femmes, sont comparables pour les critères de contrôle. En situation d’évalués, les hommes expriment significativement plus d’autoduperie et plus de sexisme bienveillant que les femmes. En situation d’évaluatrices, les femmes voient s’exprimer significativement plus de sexisme hostile qu’envers les groupes témoin et d’évaluateurs masculins. La désirabilité sociale n’est mobilisée que par les hommes pour réduire leur sexisme ambivalent et leur AMV. Par ailleurs, comme chez les hommes, le sexisme ambivalent des femmes est positivement corrélé à l’AMV. Les femmes vs les hommes ayant un niveau de sexisme ambivalent supérieur à la médiane ont une probabilité 7 fois vs 6,5 fois plus importante d’avoir une AMV supérieure plutôt qu’inférieure à la médiane.

Conclusion.  Les résultats confortent l’utilité de ne pas réserver la prévention du sexisme aux seuls hommes et de ne pas surestimer le rôle du sexe des acteurs au détriment de celui du contexte social. Des actions de prévention organisationnelles devraient être mises en œuvre en termes d’égalité professionnelle afin de réduire l’adhésion au sexisme.

Remerciements : Les auteurs remercient les médecins et infirmiers du travail de l’AIST83 qui ont procédé au recrutement des salariés.

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Réprobation a priori: le sort peu enviable des victimes de violences sexuelles

Süssenbach et al. (2015) ont testé l’hypothèse selon laquelle le niveau d’acceptation des mythes de viols par les sujets attire plus leur attention sur la version du perpétrateur plutôt que  sur celle de la victime de violences sexuelles et ce en se focalisant sur la recherche d’éléments (à charge) sur la victime.

Dans deux études, les auteurs ont examiné l’influence de l’acceptation des  mythes de viol (Rape myth acceptance) sur l’attention portée par les sujets  envers la victime potentielle versus le perpétrateur potentiel de viol.  Dans la première étude (N = 90), les participants devaient sélectionner des renseignements qui portaient soit sur le perpétrateur soit sur la victime. À mesure que l’acceptation des  mythes de viol  augmentait, les participants préféraient des renseignements axés sur la victime plutôt que sur le perpétrateur. Dans la deuxième étude (N = 41), les sujets ont examiné des photos supposées représenter le perpétrateur potentiel et la victime potentielle de viol alors que leurs mouvements oculaires étaient enregistrés. Les sujets dont l’acceptation des  mythes de viol  était élevée ont passé moins de temps à inspecter le perpétrateur potentiel que la victime potentielle.

Dans les deux études, une acceptation des mythes de viols plus élevée prédit des jugements anti-victime et pro-perpétrateur plus marqués. Cette étude reproduit les résultats de recherches antérieures corroborant l’hypothèse selon laquelle l’acceptation des mythes de viols guide l’attention des sujets vers une focalisation sur la victime qui aurait en quelques sortes à «  se justifier » de l’avoir été. Cette réprobation a priori explique d’emblée le statut et le sort  peu enviable de la victime.

Référence : Süssenbach  P. & al. Looking for Blame: Rape Myth Acceptance and Attention to Victim and Perpetrator. J Interpers Violence 2015, Jun 3, 1-22.  DOI: 10.1177/0886260515591975