Y a-t-il (enfin) un certain intérêt pour le sexisme en France ?

2017 , année de l’affaire Weinstein, année de la prise de conscience, du trop c’est trop, du tout va changer ?  A défaut d’avoir initié les violences faites aux femmes, Harvey aurait-il au moins réussi, à son corps défendant, à intéresser plus amplement nos contemporains au sexisme ?  Si on en juge par les recherches faites sur Google, il faudra bien convenir que non ou du moins pas plus qu’avant…c’est à dire cette même inappétence pour le sujet en fin comme en début d’année !

Il suffit de comparer, sur Google trends, la productivité des termes de recherche « sexe » et « sexisme » tout au long de l’année pour voir à quel point l’un est au firmament des recherches et l’autre à son marchepied.  Au-delà du désintérêt exprimé tout au long de l’année, le sexisme fait l’objet d’un même dédain analytique quel que soit le filtre temporel utilisé. A contrario, l’intérêt élevé des internautes  pour le terme sexe sur Google trends, se révèle encore plus palpitant si l’on modifie la focale temporelle.  Examinée sur 7 jours glissants, la recherche dévoile un intérêt mimant le beau tracé électro-cardiographique d’un cœur qui bat: L’intérêt pour sexe s’enhardit entre midi et quatorze heures.  Puis  dès la sortie du boulot, il s’anime et s’enflamme pour ne connaitre son apogée qu’à la pointe du jour. Cette cinétique des recherches sur Google évoque des  usages récréatifs bien que le terme sexe n’épuise pas la créativité récréative sexo-centrée. L’intérêt pour le sexisme plus réflexif que récréatif, toujours au sol, n’a donc plus qu’à se rhabiller !

Les deux liens ci-dessous vous permettront de voir, en France, l’évolution au fil du temps  de l’intérêt pour ces termes de recherches  sur respectivement 12 mois et 7 jours glissants. Enfin, une comparaison internationale France-Allemagne reflète moins le différentiel d’intérêt que le différentiel démographique. Harvey n’aurait-il pas plus réussi à convaincre les allemands que les français de la nécessité de changer !

Evolution sur 12 mois glissants des recherches sur les termes sexe et sexisme

Evolution sur 7 jours glissants des recherches Google sur les termes sexe et sexisme

Evolution en France et en Allemagne des recherches Google du lemme « sex » sur 7 jours glissants

Sans autre forme de commentaire, il m’apparaît utile de faire un rappel sur la définition du sexisme (CSEP, 2015): Dans un contexte de domination masculine, le sexisme envers les femmes, défini comme un ensemble de stéréotypes et de discriminations liés au genre, entraîne des conséquences négatives sur l’emploi, les conditions de travail et le bien-être. Un sujet digne d’intérêt depuis la nuit des temps et qui transcende les soubresauts Weinsteiniens de 2017.  Le relais donné aux cas révélés par les réseaux sociaux et les médias pourrait réduire la nuisance de perpétrateurs potentiels qui oseraient  moins car les potentielles victimes et les témoins oseraient plus volontiers un signalement salutaire. Mais, ces quelques données, nous confortent dans le fait qu’il faudrait poursuivre, de longues années durant, les efforts pour réduire le seuil de tolérance sociale au sexisme conçu comme la perpétuation transgénérationnelle d’un système de légitimations de violences patriarcales à l’encontre des femmes.

Références:

 

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Réprobation a priori: le sort peu enviable des victimes de violences sexuelles

Süssenbach et al. (2015) ont testé l’hypothèse selon laquelle le niveau d’acceptation des mythes de viols par les sujets attire plus leur attention sur la version du perpétrateur plutôt que  sur celle de la victime de violences sexuelles et ce en se focalisant sur la recherche d’éléments (à charge) sur la victime.

Dans deux études, les auteurs ont examiné l’influence de l’acceptation des  mythes de viol (Rape myth acceptance) sur l’attention portée par les sujets  envers la victime potentielle versus le perpétrateur potentiel de viol.  Dans la première étude (N = 90), les participants devaient sélectionner des renseignements qui portaient soit sur le perpétrateur soit sur la victime. À mesure que l’acceptation des  mythes de viol  augmentait, les participants préféraient des renseignements axés sur la victime plutôt que sur le perpétrateur. Dans la deuxième étude (N = 41), les sujets ont examiné des photos supposées représenter le perpétrateur potentiel et la victime potentielle de viol alors que leurs mouvements oculaires étaient enregistrés. Les sujets dont l’acceptation des  mythes de viol  était élevée ont passé moins de temps à inspecter le perpétrateur potentiel que la victime potentielle.

Dans les deux études, une acceptation des mythes de viols plus élevée prédit des jugements anti-victime et pro-perpétrateur plus marqués. Cette étude reproduit les résultats de recherches antérieures corroborant l’hypothèse selon laquelle l’acceptation des mythes de viols guide l’attention des sujets vers une focalisation sur la victime qui aurait en quelques sortes à «  se justifier » de l’avoir été. Cette réprobation a priori explique d’emblée le statut et le sort  peu enviable de la victime.

Référence : Süssenbach  P. & al. Looking for Blame: Rape Myth Acceptance and Attention to Victim and Perpetrator. J Interpers Violence 2015, Jun 3, 1-22.  DOI: 10.1177/0886260515591975

Europe du sud, sexisme et impacts en santé

Borell C & al. (2010) ont mené en Espagne une grande étude sur 10927 femmes âgées de 20 à 64 ans avec une variable indépendante unique (le sexisme perçu) et 6 variables dépendantes dont quatre pour la santé (santé perçue, santé mentale, hypertension artérielle, blessures et accidents durant les 12 derniers mois), une pour les comportement de santé (tabagisme) et une  pour l’utilisation des services de santé (satisfaction/insatisfaction des  besoins de santé).

Des régressions logistiques avec ajustement sur les variables confondantes ont montré que le sexisme perçu est positivement corrélé avec un mauvais état de santé perçue, avec un mauvais état de santé psychique, avec les accidents et blessures durant les 12 derniers mois et avec le tabagisme. La force de ces associations est d’autant plus importante que le score de sexisme est élevé.

Cette étude devrait d’autant plus nous interpeller qu’elle est réalisée en Europe du Sud au plus proche de la France et qu’on ne peut lui opposer des spécificités anglo-saxonnes ou scandinaves pour en réduire la portée. Les auteurs évoquent les pays du sud de l’Europe à forte tradition patriarcale mais seraient-ils les seuls concernés ?

Référence : Borrel C. et al. Perceived sexism as a health determinant in Spain. J. Womens Health  2010 ; 19(4):741-50.